‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 44 sur 133 · LES GRIVES · texte numérisé non relu

LES GRIVES

Les raisins sont murs , Les grives sont soûles ; Je les vois en foules Se heurcer aux murs Il en reste quatre Dans mes chasselas, Je puis les abattre D'un coup d'échalas. . .

Ce serait indigne D'en agir ainsi :

J'aime tant aussi, Comme elles, la vigne!

Joyeux de les voir Choisir dans mes treilles Les grappes vermeilles , Le grain le plus noir.

Elles me font rire.

Nargue des chasseurs !

Malgré moi , j'admire Ces oiseaux buveurs.

La récolte est bonne :

Un peu moins de bien Ne me nuit en rien , Et je leur pardonne.

Quand \x:)us revenez , Grives, en automne, La mouche bourdonne Ec pique mon nez...

Voilà qui m'outrage!

^'^ous, sur mes raisins Prenez davantage, Moins chez les voisins.

Mon clos est immense, Il vaut mille écus !

Quelques grains de plus Sont sans importance.

Prenez garde au ploriib.

O grives si lasses, Si soûles, si grasses!

Le conseil est bon.

Gare à la cuisine.

Aux bardes de lard!

Votre chair est fine...

Et, sans plus d'égard.

Un gourmand (û crime!) Arme son fusil.

Fronce le sourcil, Tire , & vous décime ! . . .

Ne redoutez rien , Moi, je rêve & passe, Gardez votre place , Mangez , buvez bien.

Je vous recommande Mes raisins muscats :

Toute votre bande

En fait un grand cas.

Mais, oiseaux ivrognes, Si vous persistez, Aux prochains étés Vous aurez des trognes!

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