PENSEE
Pensée , ô souveraine , Faisant le chaud , le froid , Car tu calmes ma peine Ou l'augmentes en moi; Toi , puissance suprême , Par qui tout brille ou luit...
Ou s'assombrit quand même, Ton esclave te suit.
Mais souvent tu l'inspires Au hasard, bien ou mal :
Mouvement inégal, Cause des troubles pires.
Es-tu folle .^ — Au logis Sois une aimable folle.
Ou raisonnable.' — Agis :
Encourage, console.
Enfin, toi qui toujours Mal ou bien, sans relâche, En nous remplis ta tâche Les nuits comme les jours; Hé ! montre toutes choses Belles, pleines d'espoir!
Revêts tes robes roses, Pensée en manteau noir...
Que veux-tu que l'on fasse?
Chacun est ton valet; On va comme il te plaît.
Si tu fais la grimace, Si tu prends l'air chagrin, Je me traîne, morose; J'attriste mon refrain; Toi seul en es la cause.
Abuse-moi plutôt, Sois joyeuse, embellie.
A la mélancolie Tu m'abandonnes trop...
Bats, rebats la campagne.
Mais ne grogne pas tant.
Des châteaux en Espagne, Et me voilà content!
Aussi, je te rends grâce :
Aujourd'hui tout me plaît; Je me semble moins laid.
Même devant ma glace.
Dans l'hiver, au printemps, Dans l'été, dans l'automne, Fais en moi le beau temps.
Je veux dire : sois bonne !