‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 5 sur 133 · PENSEE · texte numérisé non relu

PENSEE

Pensée , ô souveraine , Faisant le chaud , le froid , Car tu calmes ma peine Ou l'augmentes en moi; Toi , puissance suprême , Par qui tout brille ou luit...

Ou s'assombrit quand même, Ton esclave te suit.

Mais souvent tu l'inspires Au hasard, bien ou mal :

Mouvement inégal, Cause des troubles pires.

Es-tu folle .^ — Au logis Sois une aimable folle.

Ou raisonnable.' — Agis :

Encourage, console.

Enfin, toi qui toujours Mal ou bien, sans relâche, En nous remplis ta tâche Les nuits comme les jours; Hé ! montre toutes choses Belles, pleines d'espoir!

Revêts tes robes roses, Pensée en manteau noir...

Que veux-tu que l'on fasse?

Chacun est ton valet; On va comme il te plaît.

Si tu fais la grimace, Si tu prends l'air chagrin, Je me traîne, morose; J'attriste mon refrain; Toi seul en es la cause.

Abuse-moi plutôt, Sois joyeuse, embellie.

A la mélancolie Tu m'abandonnes trop...

Bats, rebats la campagne.

Mais ne grogne pas tant.

Des châteaux en Espagne, Et me voilà content!

Aussi, je te rends grâce :

Aujourd'hui tout me plaît; Je me semble moins laid.

Même devant ma glace.

Dans l'hiver, au printemps, Dans l'été, dans l'automne, Fais en moi le beau temps.

Je veux dire : sois bonne !

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