AL BORD D'UN ETANG
Voyez! — Sur un écang à l'immense surface, Alors qu'un cygne blanc & majestueux passe. Reflété par l'azur & du ciel & des eaux; Devant lui, sur les bords, un monde de roseaux S'incline sous la brise. — Ouvrant l'aile, en silence, Il regarde distrait, & gravement s'avance. Portant la tête haut, insoucieux du sort... Laissant flotter son pied, sans bruit & sans efibrt Il trace un fil d'argent sur l'eau verte & profonde. Et sillonne l'étang sans jamais troubler l'onde.
Mais cygnes & rêveurs suscitent bien souvent Des clameurs, des mépris qui se perdent au vent.
Dans un coin, des canards, engeance vile & sotte. Caquetaient, barbotaient ensemble dans la crotte. Frétillant de la queue & contents, bec en cœur. Ils disaient, ces goujats, & de leur ton vainqueur : *<( Il se tient à l'écart ou détourne la .tête En passant... C'est pitié! La vaniteuse bête! Le trouvez- vous jamais parmi nous pour manger.' A le voir, on dirait que lui seul sait nager. Et nous donc, les canards!... S'il s'agit de plumage, Le nôtre est varié, bien préférable au sien.
— Et quant à son long cou, j'aime encor mieux le mien, Reprit un caneton. Laissons là ce sauvage! L'oie est, des oiseaux blancs, le plus beau, le premier! Comme avec majesté vers nous elle se penche , Quand elle se dandine autour de son fumier. »
Un pinson indigné, perché sur une branche. Et connu du canton pour son esprit moqueur. S'envola, leur jetant dans sa mauvaise humeur : (( Allez, fangeux canards, vous êtes tous si bêtes. Qu'un cygne ne doit pas se tenir où vous êtes. »
. SAINT-GRAJIEN.