A LA TOUSSAINT
Un soleil blafard rayonnait.
Chaque feuille tourbillonnai:
Sous les sifflements de la bise.
L'automne touchait à sa fin, Et les arbres en réseau fin S'estompaient dans la brume grise.
Le jour baissait; il faisait froid, Et la nature en désarroi Filtrait son brouillard goutte à goutte. D'un bois je suivais les sentiers; Le terrain glissait sous mes pieds Et la nuit tombait sur ma route.
Peu à peu ce bois devint noir...
Sans reflets , comme un désespoir.
Le vent s'éleva davantage; Ne distinguant plus mes chemins, J'allais en étendant les mains; Les buissons cinglaient mon visage.
L'heure au loin sonna comme un glas.
J'avançais... Mais à chaque pas Des amas de feuilles mouillées
Semblaient se plaindre tristemenc...
De même que dans ce moment Toutes les branches dépouillées.
En moi je sentais un grand deuil.
Pourtant j'allais frapper au seuil D'un ami qui donnait grand'fêce !
Il m'attendait et m'aimaic bien; Pour m'attrister je n'avais rien Que des diables bleus dans la tête.
Ceux que j'ai perdus se pressaient...
Les morts surtout apparaissaient A mon cœur de plus en plus triste.
Le chagrin ne me quittait pas, £r, comme un loup suit pas à pas, Toujours il était sur ma piste.
.le cherchais quelque chant joyeux!
Mais le passé devant mes yeux Surgissait tout jonché de tombes...
J 'allais à pas précipités ; Mais le passé de tous côtés Me cernait de ses catacombes.
Chagrin mordant, comme un loup noir Tu rôdes dans les bois le soir; N'y passe-t-on plus en automne.^ Ou, la nuit & l'hiver aidant.
Te faut-il m'incruster ta dent Sitôt qu'un vent glacé détonne.^
Cette apparition s'enfuit
Dans le vent, la brume ec la nui:.
Mais la sombre mélancolie Qui planait sur chaque hallier^ Jusques au seuil hospitalier M'accompagna plus mort qu'en vie.
Pâle, j'entrai chez mon ami.
On n'y riait pas à demi; Là, tout était gaîté, lumière!
Un feu rouge éclatait. Ma foi!
J'ai fermé l'huis vite après moi.
Chagrin, mélancolie, arriére!