‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 53 sur 133 · DE MA FENETRE · texte numérisé non relu

DE MA FENETRE

A >fOXTMARTRE.

Minuit sonne à l'église. On dort & le coq chance. Les moulins de la butte à cette heure sont cois. Chacun d'eux sur le ciel, silhouette géante, Devant les horizons tient ses longs bras en croix. Ils sont là cinq de front , sombres sur un ciel sombre. L'aube, qui déjà point, essaye à percer l'ombre.

De distance en distance, on voit sur les hauteurs, Comme sur des gibets des lampes funéraires. Des carrefours nombreux les quelques réverbères Scintiller, yeux de feu qui dardent leurs lueurs. L'horizon clair-obscur découpe .la montagne, Masse crépusciJaire où s'étagent partout : Clos, jardins, arbres, champs, & maisons de campagne, D'où quelquefois un dogue aboie encor. — C'est tout.

Ou, descendant la rue, un buveur en goguette, D'im morceau d'harmonie un peu trop tard épris, Répète le refrain chanté dans la guinguette , En détonnant ainsi qu'un joyeux homme gris. Il serpente au hasard, heurtant de la semelle Chaque pavé trop haut qu'il rencontre en chemin. Qu'importe? Il va toujours, en chantant de plus belle. Il est gai... C'est beaucoup. Tant pis pour le voisin.

Malgré mai verdoyant, qui jonche son feuillage,

Il plcuc depuis longtemps ; les nuages sont lourds.

Dans ce calme accablant qui précède l'orage,

Pas un arbre ne bouge ; on entend des bruits sourds.

C'est le bourdonnement confus de la grand' ville ;

Un chariot pesant qui lentement oscille,

Ou ce tintement clair de grelots, au lointain,

D'un voiturier qui dort tout en suivant sa route,

Et ne s'éveillera que pour boire une goutte

Au cabaret ouvert dès le bleu du matin.

Bonne nuit, voiturier, sois heureux dans ton rêve; ' Moi, qui suis éveillé, je n'en rêve pas moins. Suivons notre chemin chacun : quand il s'achève, Poëte ou voiturier arrive aux mêmes coins.

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