RONDE DE L'OISEAU
Un jour, une jeune fillette Le matin allait au marché ; Un rossignol, d'une voix nette, Chanta, sur un arbre perché :
i( Cui! cui! je le répète, Prenez garde à vous , 6 fillette !
Dans l'ombre est un amant caché. »
Rieuse & relevant la tête, La belle répondit : « Commenta Que dites-vous, rossignolette , Qui chantez un air si charmant r
— Cui! cui! je le répète, Prenez garde à vous, û fillette!
Dans l'ombre se cache un amant. »
Le grand marché du voisinage Se tenait au delà d'un bois.
Le rossignol dans le feuillage Voltigeait, chantant à la fois :
(( Cui ! cui ! gare au passage !
Prenez garde à vous, soyez sage. »
La moqueuse imitait sa voix.
Elle allait, pimpante & coquette,
Panier au bras , nez rose au venc.
Le pedc oiseau, de son faîte, Découvre un beau fils en avant...
« Cui! cuil jeune fillette, J'en vois un là-bas qui vous guette, Prenez garde, il est très-savane! »
Ha! c'était le coq du village, C'était Jean-Louis prés d'un buisson, Attendant la belle au passage.
L'oiseau répéta sa chanson :
(( Cui ! cui ! cheveux en boucles Et longs yeux noirs en escarboucles Tentent de plus d'une façon. »
Mais aucun conseil ne l'arrête.
Fit-elle un mal.^ Fit-elle un bien?
Elle voulut faire à sa tête.
Quand femme veut, Dieu le veut bien.
Cui! cui! Dans son feuillage En vain le rossignol fit rage ; Cela ne lui servit à rien.
Cet amant qui de loin la guette.
Dans les hautes herbes couché, De temps en temps tournait la tête , Comme le rossignol caché.
Cui ! cui ! L'oiseau répète :
(( Prenez garde, folle fillette, On a bientôt fait un péché ! »
Jean-Louis vint & dit à la belle :
(( Je vous aime depuis longtemps!
— C'est comme moi, rcpondic-elle. »
L'amour abrège bien du temps.
Cui! cui! L'oiseau s'envole!
En voyant vaine sa parole, Il s'en fut chanter le printemps.
Que voulez- vous que je vous dise?
Les rendez-vous allaient leur train.
Tantôt c'était devant l'église, Tantôt sur un autre terrain.
Cui! cui! Faible barrière...
Plaisirs devant, chagrins derrière, Lorsque l'amour est souverain.
Tout finit par un mariage.
Il n'en est pas ainsi toujours...
L'oiseau tient le même langage Aux belles filles de nos jours.
Cui ! cui ! n'empêche guéres De faire ainsi qu'ont fait nos mères, Et l'eau de poursuivre son cours.