‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 90 sur 133 · PENDANT L'HIVER · texte numérisé non relu

PENDANT L'HIVER

Alors qu'il gèle à pierre fendre Et qu'il ne faic.pas jour; alors Qu'en un lit chaud , on peut entendre Le bruit des sabots au dehors; Ce bruit sec, matinal^ qui glace; Ce bruit du malheureux, qui passe Courant à quelque triste endroit Avec ses mains rouges de froid ; ' On cache aussitôt sa figure Sous les plis de la couverture.

Mais c'est égal. Devant les y^eux , Dans la pénombre de nos villes , Surgissent des femmes, des vieux...

Ils sont rangés en longues files, Et s'en vont, mornes bataillons Couverts de sordides haillons, Avec balais, ou pioche ou pelle.

Qu'il pleuve ou neige, ou grêle ou gèle, Pendant l'hiver & si matin.

Balayer! pour manger du pain.

Puis la petite plébéienne Passe en de bleuâtres rcflccs ,

Vêtue en robe d'indienne...

Pour aller coudre ses ourlets.

Honnêtes , courageuses filles , Qui cousez coifles ou mantilles , Vous faut-il de vertu , ma foi , Pour sortir quand il fait si froid !

Plus d'une soutient sa famille Du faible gain de son aiguille.

On voit encor les ouvriers,

Les artisans de toutes sortes,

Qui courent à leurs ateliers

Pour être, au coup de cloche, aux portes.

Sachant les grands travaux qu'Us font,

Le peu de profit qu'ils en ont;

Moi, dans l'hypothèse incertaine

Que tout autre au moins esc ma peine,

Par un lourd sommeil engourdi ,

Je me rendors jusqu'à midi.

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