AU POETE PLACIDE CANONGE
Villes, encouragez plucùt que de proscrire Vos fils harmonieux. L'un chance avec sa lyre , L'autre avec ses écrits, l'autre avec son pinceau; L'autre avec sa voix pure, ou son geste, ou son rire. La Vénus accroupie est un chant du ciseau.
Donnez à vos enfants au moins le temps de naître. Chez vous, nulle grandeur ne peut-elle apparaître? Faut-il des inspirés anéantir la voix.^ S'ils ont l'ordre de Dieu, quand Dieu seul est leur maître. Laissez donc là vos clous, vos ronces & vos croix!
A travers l'océan aux vagues en délire, Toutes voiles au vent, lorsque passe un navire Refoulant sur ses flancs les flots en bondissant, Il brave & leur furie & leurs chocs , il soupire , S'incline, se relève... & domptant, franchissant La tempête qui hurle avec rage & folie, Il entre dans le port, prend son rang; il oublie... Mais souvent ses grands mâts sont brisés en passant :
C'est ainsi du génie au milieu de la foule. Du contraire heurté comme par une houle,
Il est plus attaqué que ne l'est un bandit !
En vain la calomnie autour de lui se roule :
En vain l'acerbe injure autour de lui bondit:
En vain surgit encor l'ignorance ameutée ;
En vain d'amers chagrins sa vie est tourmentée :
Dieu lui dit: Marche! Il marche. On l'accable. Il grandit!
Tout grandit si Dieu veut. Des grandes eaux salées Les flots sont tour à tour montagnes ou vallées, Oscillent sous les vents, se dressent dans les airs, Balancent un instant leurs vagues déferlées , Puis en réseaux d'argent tombent au fond des mers.
Convenons, cher poète aux fines causeries, Que beaux-arts & beaiLx vers ici ne sont pas bien ; Ouvrons , si nous pouvons , un fonds d'épiceries ; Etre artiste ou poëte, hélas! c'est n'être rien.