‹ Les Poésies de Germain Colin Bucher, [poète] angevinChapitre 13 sur 31 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

A Philippes Bourgoygnon *

Je vouldroys bien tous les plaisirs vous rendre Que m'avez faict depuis ung- an ou deux ; Mais je n'en peuz la manière comprendre, L'esprit me fault d'espoir si langoreux. Je vous supply, ne vous fasche d'attendre Encore ung- peu, que le de tourne mieulx. Ou aultrement, il vous conviendra prendre Ce que je veulx pour ce que ne peux.

d'Angers était rappelée par une inscription gravée sur cuivre et relevée dans le manuscrit de Bruneau de Tartifumo, 871, à la Bibliothèque d'Angers, p. 275.

* Il s'agit sans doute ici de Philippe Bourgoinon, libraire à Angers, que cite M. Port, dans son Dictionnaire, aux dates 1539, 1559.

De Gylon

Sus ung- drap d'or painte estoit toute nue Dame Gylon, la plus belle a la ronde.

Passant auprès elle s'y est congneue Aux traicts des yeulx, et a la face blonde, Son corps regarde et toute sa faconde Et point n'y a différence apperceue, Par quoy la belle, ou tant dç grâce habonde, Aulcunement esbahye et deçeue.

Demande au paintre ou nue l'avoit veue ? Le paintre dist : — Ung loyal amoureux Qui en l'ardeur de ta grâce tresue M'a enseigne ce portraict gracieux.

— Comment cela? feist la belle aux beaulx yeulx, Nue de corps me veid-il de sa vie?

Amour le hait et le fuyt en tous lieux ! Le paintre dist : — Sa pensée ravye Son tainct pally, l'Amour qui l'en devye, Monstrent combien tu es descente et belle.

— Et voire may, si je n'ay point d'envye D'estre amoureuse, et que a tous suys rebelle, Pourquoy m'as tu painte doulce et isnelle? Le paintre alors ces motz a respondu :

— Ta face apert en doulceur solennelle, Mais ce qui est en ton cueur enfondu Ne nous est pas monstre ny estendu.

Si, soubz beaulte, tu te veulx monstrer dure,

Paings en ton fronc et sourcilz long- fendu Ces mots ycy : Je suys de tel nature Qu'on perd en moy pourchas et adventure ; Pourtant amans reculez vous de moy Et pourchassez ailleurs vostre pasture, Car d'aymer n'ay ny soucy ny esmoy.

A Gylon

Fleurs de lys je t'envoye, Non du tout pour ta joye Mais aussy pour la leur, Affin que leur blancheur Ne fanisse, mais vive Près la tienne naifve.

Page 1