CXCI
A l'esleu Le Devin. — De Françoyse
Cueur non jamais d'amour vivant actaint, Fors du récit du bien qu'on y rencontre Ou de la voix d'ung" souspir de dueil praint, A qui siet-il? Dictes ou pour, ou contre. Telle, a clos yeulx, Françoyse se desmonstre, Car ou soit bien ou mal qui en redonde. Trouble luy est le soleil de ce monde.
Et hait le ray qui son umbre enlumine, Tout estimant, fors son penser, vermine.
Corps qui est beau jusques a fin d'envye,
Ou les beaultez des aultres sont myrees,
Et la terre est glorieuse, pleuye,
Qui places a assez dignes parées
Pour amuser choses si honorées,
A qui siet-il? Certes, c'est a Françoyse,
Car son aspect, l'air sereine et acoyse
Tout eus luy rid, la mer souffre ses peaultres
Et vit sa grâce entre la mort des aultres.
Parler ouvert, sans fard ni baverye, Premier yssaut du cueur que de la bouche, Gros de sentence et manière meurye, Prise en beau moulle et incoulpable souche, A qui siet-il? A Françoyse il attouche. Comment cela? Car sa paroUe vault Tant qu'assez n'ay pour escrire si hault. Mais cil le voit en vision mentalle, A qui ses biens et secretz elle estalle.
Congnoissant doncq ma pleume a son loz moindre Que blasme et loz ne la haussent ni baissent, Ny qu'aulcun sens aux paroUes peult joindre, Mut me fault rendre, et que les fins me laissent Que j'aclendoys sus ceulx qui d'elle croissent. Ce nonobstant, si je l'ay pris si chault Que la raison par raison mesme fault.
Je n'en doy pas pour moins faict sentir coulpe Car qui peu sçait, sa grand coulpe descoulpe.
A ung Taron
Quand je n'auray jamais de voz nouvelles Estimez vous, Taron, que j'en empire?
C'est mal cogneu mes longes et vervelles. Mais bien est vray que juste Amour soupire D'estre deçeu par voz semblances belles, Et que de vous j'ay failly a bien dire. Je m'en repens, car par mes csiincelles, Vous ne valiez a bouillir ny a frire.
Allez, grand sot, forlignant ses mammelles, La peine est plus que vous a vous mauldire.
CXClU
A l'esleu Le Devyn
Mais estes vous ainsy fume Comme Phelippes * le nous compte.
Pour ung dizain que j'ay ryme Contre une amour qui nous affronte?
Vous n'en serez pas estime De ceulx qui entendront le compte.
Si n'est de quelque perfume
* Probablement Philippe lîourgoinon , le libraire. Voir cidessus pièce CLXXXVIII.
Qui a beu sans soif toute honte.
0 que l'elephant est pasme Quand une mousche le surmonte !
A ung saige et discret adolescent
Maistre Jacques, mais dictes nous, De ce joueur de gobelet, Vous feist il dancer maulgre vous ?
Le tour serait fort nouvelet Qu'un basteleur feist davant tous D'ung- philosophe son valet.
Il fault hurler avec les loups Quand on y est faible ou seulet '.
Mais on ne gaigne avec les foulz, Fors vergogne et du poil folet.
Responce a ung syen amy qui avoit perdu sa fille
Il me deplaist de vostre angoisse Et n'est homme que je congnoisse Que plus voulusses secourir Et feray voulentiers courir Et estragner toute la ville Pour savoir ou est vostre fille.
' Vieux proverbe conservé presque mot pour mot dans la langue moderne.
Et s'clle y est soyez tout seur Que vous l'aurez, mais j'ay grand peur Qu'elle ait ja faict quelque désordre.
Car vieille hard ne se peult tordre
Ny c... ])..... garder sans c
Amplus que sans sel les andouilles.
Response a ung quidam qui mectoit l'acteur au nombre de plusieurs grands rhetoriciens
Entre mil escus de bon poys Ung léger voulentiers se passe, Aussy ceulx qui m'ont mys en choys Font sus moy leur grâce sans grâce, Car rien ne suys. Et touttéfoys Près les bons ilz me donnent place, Pour passer mon rude patoys Soubz l'ombre de leur efficace.
Si j'en suys ou non, tu le vois :
On congnoist la beste a la trace.
De Françoyse Maucourtoyse
Quant Venus veit Françoyse en pourtraicture Elle rougit et dist a ses Carithes ' :
* Charités, nom des Grâces.
— Geste me passe en beaulte de nature Et ne vouldroys contendre a ses mérites. En eust Paris toute judicature Ou mon enfant ou vos grâces inclites.
Les Grâces lors, contemplans la figure, Ne dirent mot tant estoient interdictes. Parquoy Venus feist ouster la painture De peur de veoir ses grâces desconfites.
A Gylon
L'occasion est chauve par devant,
Pour desmonstrer que qui ne la prend d'heure,
De son bien mesme il se va decepvant
Et n'est pas digne après qu'on le sequeure.
Pensez y bien, Gylon, dorénavant
La faulte est grand dont le souvenir pleure.
GXGIX
A Monsieur le baron de Pince, la Jaile
Ces jours passez, ainsy que l'on devise Aulcunes foys du vent, de la chemise.
Ou de propos qui approchent du cueur, Vostre Françoyse, et ma petite seur.
Me dist de vous envers moy tant de grâce Que j'en rougis de honte a toute place ;
Et me pressa, par ses belles raisons, De vous escrire ung- peu de noz façons. En me faisant par ses sermentz acroire Que prendriez plaisir de telle gloire : Gloire pour vray de sot et de musart D'oser escrire en si très digne part, A Fappetit d'une telle bourgeoyse Sans achoison, ny matière qui poyse.
Mais je m'atends que vous le prendrez bien, Ce nonobstant que peu vous vaille ou rien. Or voyez doncq sont navreures sans plavc* Bruslans mon eueur entre l'escorce et taye. Que myses ay en ryme ; puys un peu, En les lysant, gardez vous bien du feu.
Si ce n'estoit mon cruel pensement Qui tient mon corps en angoisse et martyre, J'oserays bien résister vaillamment Encontre Amour quoy qu'il soit puissant sire. Mais mon penser y donne empeschement.
Car quant je veulx m'en retraire, il m'atyre ; C'est son guydon, et par luy seullement Françoyse m'ard, et hait ce que désire. Ah I faulx penser ne t'excuse aultrement Car sans toy seul Amour auroit du pire I
Vostre Françoyse a des dons de nature Pour triumpher, s'elle veult en grand bruyt, Mais quand la vigne est vendengeable et meure Et qu'on n'en cueille en la saison le fruict, Le raisin chiet ou tourne en pourriture. Et n'en peult-on avoir bon usuffruict.
Remonstrez-luy, car la chose est bien seure, Qu'en bien perdu n'y a point de desduyt, Mais ung- regret et repentance dure Qui dure après que la grâce s'en fuyt.
De froyde neige, yst une flamme ardante Qui me nourrist et ard le triste cueur. De fresche rose, yst espine poignante Qui dueil m'aporte en une doulce odeur. De marbre dur, yst une eau courante Qui croist la soif de sa clere liqueur. D'Amour cruel, j'ay perte profitante Qui tient ma vie en plaisante langueur. Et de Françoyse, yst grâce si grevante • Que de son ris elle engendre du pleur.
Ou t'en vas-tu mon cueur si doloreux
Non pas le myen, mais de Franscin la belle ?
— Je m'en reviens devers toy tout honteux. Car elle m'a chassé, tant est cruelle, Disant d'Amour mille maulx en tous lieux.
— Je ne veulx point te reprendre sans elle. Va, trouve Amour, il t'en fist envyeux.
— Si je le trouve et n'en croit la nouvelle ?
— Cerche a mourir, car il t'en prendra mieulx Que luy fausser ta foy, ny ton beau zèle.
0 doulx souspir qui sorts de la liqueur De Testomach de ma belle maîtresse, Dy moy, pour Dieu ! nouvelle de mon cueur. Que faict-il la? — Amour le tient en lesse
Et semble veoir qu'il soit son gouverneur, Car la-dedans il voit tant de noblesse, Tant de viertus, de grâces et d'honneur Que peu luy chault si tu vis en tristesse. — 0 sort inique et misérable erreur Quand le meilleur de moy me nuist et presse !
CY APRES SONT AULGUNS RONDEAULX
ce
A Hardoyn Brehier, mon compaignon de tout
Conseillez moy, comme g'y doy entendre.
Amour, qui sçait les cueurs des gens surprendre, A pris le myen. Certes ! il est perdu. Mon corps en est si mat et confondu Qu'il est quasi prest de s'en aller pendre.
Possible est-il de le povoir reprendre, Sans vers Amours trop grandement m'esprendre, Veu qu'il est ja son prisonnier rendu ? Conseillez moy.
Songer ne peuz la façon d'y prétendre.
Car Amours est a l'espine si tendre Que s'il sçavoit que j'eusse prétendu De lui ouster mon cueur, au résidu Il me feroit de tous plaisirs suspendre. Conseillez moy.
A Gylon
Jusques au revoir, Adieu! ma Demoyselle. Jésus vous dont saute coutinuelle El du bon heur qui jamais ne forvoye.
Fort me desplaist que je ne vous convoyé Mais malebouche est trop desnaturelle.
Si ay-je espoir que, maulgre la rebelle, Vous reviendrez ceste saison nouvelle.
Mais d'espérer je n'auray pas grand joye Jusques au revooir.
Par quoy vous pri, très humble jouvencelle, Dont le départ en douleur me chancelle, Que oblyvion tant fort ne vous desvoye Que ne mectez de voz esprits en voye Pour consoller l'ennuy que je vous celle Jusques au reveoir.
A Gylon
Auprès de vous mes ans vouldroys moysir; Mais d'y aller tousjours en vain désir
Et battre a froid c'est ung- flux de douleur. Il m'est advis qu'on me crevé le cueur, Quand j'en reviens reffusé de plaisir.
Que voulez vous mander pour desplaisir ? Je vous supply, laissez moy seul transir En ma maison, sans croistre ma langueur Auprès de vous.
D'aultres povez mieulx eslire et choisir Pour deviser du beau temps a loysir.
Bien si ma mort close en vostre rigueur Souldain parust, ou pitié eust vigueur, Joyeulx yroys mort ou vie saisir Auprès de vous.
A son compaignon
D'arraché pied, quand le faulcon a pris, Il luy convient vervelles * de hault pris. Longes, et getz de riche et fine soye, Cest le debvoir aux bons oyseaux de proye ; Chaperon neuf y peult estre compris.
* Dans la fauconnerie, la vervelle était l'anneau rivé aux pieds des oiseaux de proie, et portant les armes et le nom de leur maître. Les longes, getz (lacets), et chaperons sont également des termes de fauconnerie.
Le faulconiiier, lors, de joye surpris, Si dame void t3n quelque beau pourpris, Deux ou troys foiz il la baise et festoyé D'arraché pied.
Voire et le faict, sans en estre repris. Car c'est son droit. Ilelas ! que n'ay-je apris Si beau mestier ou l'on a tant de joye ! Cent mille foiz alors je baiseroye Gylon, qui a ravy tous mes espris D'arraché pied.
A Gylon
Comme ung phénix est sans pareil au monde Ainsy es-tu en beaulte et faconde, Fille sans per, qui bien le sçait comprendre, Car sus toy n'a chose qu'on sçeust reprendre Fors cruaulte, dont tu tiens table ronde.
Je ne sçay pas ou ton penser se fonde ; Mais on voira flestrir ta face blonde Et ne pourras revivre par ta cendre, Gomme ung phénix.
Doncques tandis qu'en toi beaulte habonde, Veu qu'aucun bien de rigueur ne redonde Et que la grâce aux bons se doibt estandre.
Viieilles en cil ton amour condescendre Qui te repute et pense sans seconde, Comme ung phénix.
A son compaignon
A bien juger, belle femme sans grâce Semble ung- apast sans haim, ou une nace Sans ung- bouchon en l'eau mise et couchée, Car tout ainsi qu'en nace desbouchee Tout franchement le poisson oultrepasse.
La femme ainsy qui n'a que belle face Ne porte point d'amoureux efficace :
Force d'amours en la grâce est cachée, A bien juger,
La, Cupido, de son arc, se solace Et ne va point aultre part à la chace, C'est le buysson ou il tient enbusehee La flèche d'or qu'il a si tôt laschee Que de fouir on n'a jamais espace, A bien juger.
GCVI
A quelqu'une
Que ne vous voy je suis très-fort marry Et me deplaist de ma longue demeure.
Mais je ne peulx m"en aller pour ceste heure Car mon procès tyre au charivary.
Que pleust a Dieu que l'homme fut pourry Qui m'a cause le meschef dont je pleure, Que ne vous voy.
L'espoir qui m'a jusques ycy nourry De son doulx fiel au demourant sequeure, Car sur ma foy sans cesser je labeure Tant suys d'ennuy cassé et emery, Que ne vous voy.
A Gylon
Auprès du vif d'un ange est façonnée Et des cieulx has si haulto destinée, Que vertu dy estre en toy satisfaicte.
Près ton sçavoir Pallas est imperfaicte ; Et Juuo n'est si bien moriginee.
Venus près toy semble toute fanée, Car beaulte as des grâces tant ornée, Que paintre n'est qui sçeust t'avoir pourtraicte Auprès du vif,
Et si du temps tu eusses este née Que Discorde eut leur beaulte mutinée.
Prière n'eust a Paris estre faicte
Qu'il cust jiii^c crdlc ki plus perfuicle, Mais qui scmbloit sus loy mycux patronnée, Auprès du vif.
CGVIII A Gylon
Sans dire adieu, vous ay voulu laisser, Non par mespris ou anltre mauvais fy, Mais vostre amour m'est en si grand soucy Qu'un tel adieu m'eut faict trop angoisser. Vous povez bien aussy croire et penser Que force fut de m'en aller ainsy, Sans dire adieu.
Regardez doncq, ains de vous courroucer, Que je n'ay pas tout le tort en cecy Et m'excusez, je promeclray aussy Si loing de vous jamais me desplacer.
Sans dire adieu.
A une f aulse m
A sang et feu guerre lui signifie
Et le combat a tous je uotiffie
Qui soustiendront sa mauvaise querelle.
Car Angiers n'a plus faulse m
Ne qui plustost mensonges amplifie.
L'honneur des bons d'opprobre crucifie Et a semer discords se glorifie ; Yela pourquoy picqiic je prends contre elle, A sang et feu.
Celuy n'a pas sens de philosophie Qaï en ses diclz aulcunement so fie Et son secret luy descouvre et revelle, Car a chascun elle en porte nouvelle Dont a bon droit je la hay et defiie, A sang et feu.
A ung quidam
Du coq en Tasue on peult bien faire ung sault En troys cndroitz chascun pour le plus cault : Le premier est, quant l'amant et la dame Veullcnt changer l'uug a l'autre leur arme Et le mary chet entre eulx en sursault. Puys quand le cueiir de fille amant tressault Et que sa mère enqueste qu'il luy fault. Muer luy doibt la penser qui la pasme. Du coq eu Fasne.
Pour autruy. — A une amoureuse de plaine salle
Tout au rebours de mes inlcnlions Je t'ay trouvée en toutes actions Ingratte et fiere, indigne et dcsloyalle. Qui eust pensé, beaulté tant specialle, Amer le fard et tant de fictions !
Certes ! Nature en tes proportions Faillut beaucoup, car de conditions Te voullant bonne, elle te feist tres-malle, Tout au rebours.
0 quelle erreur quan tes discentions Il adviendra pour tes affections Dont tu fais change a chascun bout de salle ! En lieu d'honneur il en sourdra scandalle. Vêla la fin de tes mutations.
Tout au rebours.
A je ne sçais qui
Tant que rien plus vostre grâce floronne Dans la beaulté que Nature vous donne :
Beaux yeulx avez, hcou nez et belle bouche, Beau tainct, beaulx traiclz, beau geste et belle Le parler beau qui bellement resonne, [aprouche.
Mais la beaulle, qui belle vous façonne, Est moins que rien, car vous n'estes point bonne. Tout vostre faict est subjcct a reprouche. Tant que rien plus.
Que vault cela d'cstre belle personne Si la beaulte a bonle ne s'adonne?
Il vaudroit myeulx femme avoir laide et lousche Qui bonne fust, que belle dosne en cousche Qui rien ne vault. Ma sentence raisonne, Tant que rien plus.
CCXUl
Regret d'une bonne Angevine
J*]ii paradis Jesus-Christ preigne l'amc De ccsle cy, qui gist soubz cesle lame. Gente de corps fut, et de beau visaige. Tant qu'au penser le cueur triste a viz ai je Anssy a bien tel qui si fort ne l'ame.
Sainctes et saincls ! envers Dieu vous reclame Que facez tant pour celle que je clame, Que de voz biens elle ait part et usaige En Paradis.
Vivante fust san& reproche et sans blasme, Tant qu'après mort ung chasciin la proclame Perle d'honneur, patron de femme saige.
0 Gabriel ! qui portas le mcssaige * Pour nous saulver, fay place a telle dame En Paradis.
GCXIV
A une belle rebelle
Au gre d'amours je vous chéris et prise, Aymez moy doncq, point n'en serez reprise, Ny le danger sur nous ne sortira, Car tout le faict secret garanlyra Et soubstiehdra si loyalle entreprise.
Vostre jeunesse et beaulte tant esprise Ne doibt pas estre au mary tant soubzmise Qu'amy n'ayez qui a tout supployra Au gre d'amours.
Car dame n'est, princesse ny marquise, Qui quelquefois sa grâce ne divise Et de tant plus grâce en departyra.
Plus de mérite et loz on en dira.
Monstrez vous doncq gracieuse a leur guise, Au gre d'amours.
' Allusion à rAnnonciation.
Responce dure
Au grc d'amour telle qu'avez emprise Je ne cherray pour nul homme en reprise, Ny mon mary point on s'en mocquera, Jamais son lict d'honneur ne vacquera : En cela suys résolue et aprise.
Si la Nature en moy hcaulte a sise Pas moins n'en suys chaste, je vous advise. Pour tant cerchez ailleurs qu'il vous plaira Au gre d'amours.
Car puisque Dieu, sa loy et son Eglize De noz deux corps en ung" la chair ont mise, Homme vivant ne la divisera ; Et quand la Mort le devis en fera Encor après luy seray-je soubzmise Au ffre d'amours.
De mesme paste
Pour vostre amy, très-belle créature, Si vous voulez entendre, a l'ouverture
Je vous feray tant de plaisirs extraire Que jamais dueii ne vous sera contraire Sinon d'avoir retarde l'amour seuro.
De quoy vous sert la beaultc que Nature A mise en vous a grand comble et mesure, Si n'en voulez quelque grâce parfaire Pour vostrc amy ?
La beauite chet comme la fioriture :
Usez en doncq, tandis qu'elle vous dure, Et n'attendez vos vieux ans a le faire Ou le plaisir sera froid de l'affaire ; Et ja m'aurez loyal je vous asseure, Pour vostre amy.
CCXVIT
Responce de nonplus y retourner
Pour mon amy, de vous, je n'en ay cure ; Le dieu d'Amours d'un aultre me procure Duquel la grâce est a tous exemplaire ; Fors a lui seul, je ne vouldroys complaire Fust ung- Paris ' ou ung- divin Mercure.
Vous perdez temps de m'en faire ouverture Et d'en souiller le papier d'escripture, Car je n'ay point désir de vous attraire Pour mon amy.
' Le beau Paris, juge des Grâces.
Cercliez ailleurs amoureuse paslure Puisque voyez que les dieux et Nature M'ont par sus tous inclinée a luy plaire. Point ne vous doibt le reffus trop desplaire Si je me tiens loyalle, sans fracture, Pour mon amy.
A ung argentier de court
Pour ccste foiz, veuillez moy secourir, En actendant que l'on face mourir Malheurete, qui a mon bien s'opose, Ung pouvre escu est a vous peu de chose Qui me fera grandement seigneurir.
Si je debvoys mille mors encourir Je ne sçauroys ou ailleurs en quérir; Tout mon espoir dessus vous se repose Pour ceste foys.
D'aller a pied quatre vingts lieux courir Sans qu'on en puisse aulcun bien acquérir, C'est mal sus mal ; myeulx vauit que cy je pose Doncq, argentier, au cas que je propose Ne vueillez point vostre grâce enchérir Pour ceste foys.
Pour aultruy
J'en siiys bien seur, point ne l'auras. Raison ? Tu es déjà tout clianu et grison Et sents trop myeulx ton rusticq champaistre Que cil qui mené aux champs les brebis paistre La grâce en toy seroit mise en prison.
Ja que tu as biens mondains à foison Et que tu soys tout d'or en ta maison, Ce nonobstant point ne veult ta femme estre, J'en suys bien seur.
Cerche aultre part aliance et toyson, Car pardecza tu perds temps et saison.
La fille attend que son père l'adestre D'ung- beau mary, gentilhomme et adextre : ïu ne l'es pas de vertu, ny blason.
J'en suis bien seur.
Responce d'ung mesme levain
J'en suys bien seur, point n'en veult sus ma vie Et, si jamais il luy en prist envye.
Il s'en repeiit, certes, de très bon cueur,
Car a la prendre il eust eu deshonneur
Veu qu'en mainctz lieux elle est p pleuye
Aultre beauté sa pensée a ravye, Qui chastement a grâce le convye.
La, il aura toute joye et bon heur, J'en suys bien seur.
Chez luy on l'eust honorée et servie Et ore est la reproche asservie A vitupère et honte par horreur, Car son mary, oongnoissant son erreur, Lui lient rigueur qu'elle a bien desservie, J'en suvs bien seur.
A ce grand Marot, despit sans garrot
Encontre toy, Marot, je veulx entendre Et demonstrer que j'ay meilleur entendre Que tu n'as pas en l'art de rhetoricque, Plus digne esprit, plus nette théorique, Plus d'argutie, et myeulx de quoy m'estendre.
El prends-le bien. Car tu peulx bien entendre Que Muses n'ont arc ny flèches pour tendre. Aussy en rien ne suys-je colérique Encontre tov.
Mais l'appétit de plus avant apprendre Et le record de toy, qui ducil m'engendre, Quand lu ne faiz responce ny réplique A mes escriplz, ma pacience implique Et si me faict en fureur plcumc prendre Enconlrc toy.
Pour ung gentilhomme. — A je ne sçay plus qui
Quant je vous vy premièrement, si belle, Tant accomplye en beaulte corporelle Qu'impossible est do myeulx faire a Nature, L'archer Amours, qui tire a l'aventure, Sans deffîer, me fit playe mortelle,
Et me surprist sans large ny rondelle Car, par mes yeulx simples et sans cautelle, Jusque au cueur me feist aspre poinclure Quand je vous vy.
Puisque pour vous j'endure peine telle, Je vous supply, tres-noblo damoy selle, Ne me soyez plus contraire ny dure Et reparez la g-riefve forfaicture Qu'Amours me fist, de sa darde cruelle, Quand je vous vy.
CGXXIIl
Responce de mesme farine
Quant je vous vy, maulvaise destinée Estoit sus vous des dieux prédestinée ; Mesmes Amours vous fut dur et contraire, Car il voulut sus vous flèche d'or traire. Qui pour amer est faicte et ordonnée.
Et dessus moy il a flèche assenée Toute de plomb, a hayr obstinée, Qui empescha voz grâces de me plaire Quand je vous vy.
Fort me desplaist en telle heure estre née Qu'a vous aymer je me suys adonnée, Veu les grands biens qu'on veult de vous pourtraire Mais chasteté ne veult a soy retraire, A qui j'estoys des] a preordonnee Quand je vous vy.
A Jehanne Gaillarde, lyonnoise '
Tout au travers d'humain désir passant, Mon humble cueur ta grâce apetissant.
• Le deuxième volume des Mémoires de VAcadémii des Belles- Lettres contient la vie de cette personne à qui Clément Marot dédia un rondeau (xxii) et une épigramme (cxxv!.
Me dist : Colin arrcste en ce dcsir : Jeanne Gaillarde y vient souvent gésir En elle auras ce que lu vas pensant.
Mais quoy ! Madame, en cueur si ravassant Doy-je aVoir foy, doy-je estre jouissant ? De ton amour, doy-je prendre plaisir Tout au travers ?
Plaisir j'entends, de bon amour yssant, Nompas plaisir ton honneur ternissant, Ny qui engendre après mort dcsplaisir.
Respond soudain sans me faire moysir Me feras tu, ta grâce eslargissant Tout au travers ?
A une rusée
Au pis aller, si ma prière est vaine.
Je n'en sçauroys rien ])erdre que la peine
Et ung- petit de jaulnc de ma bourse,
Vray ! que j'en sents douleur aspre et rebourse
Car tu es trop aux humbles inhumaine.
Mais si langueur de soupirs toute pleine Extrêmement m'en travaille et demaine, En cinquante ans elle aura fait sa course Au pis aller.
Oncques amant ne porta foy plus saine En ses pourchas, ny l'Amour myeulx certaine Que je te fais ; mais ta grâce en a course ! Or soys toujours cruelle comme un ourse, Il ne m'en peult venir que mort soubdaine Au pis aller.
CCXXYI
A mes Compaignons
En moy prenez exemple et garde, Qui maintenant la chambre garde.
Pour avoir faict ce que vous faictes.
J'ay tel este comme vous estes, Ruant, saillant de pied sus barde.
Chacun de vous se conlregarde, Voyant la goutte qui me darde, Et voz désirs souvent refaictes En moy.
Si vous trouvez quoique bragarde Dont le flammeau d'amour vous arde Pour ses mignottes façonnettes.
N'y allez point sans allumettes.
Bon conseil a qui y regarde En moy.
CCXXYII
D'ung qui, après sa belle de drap, prist une layde femme de velours
Sans rien blasmer, la cla,moyselle est bonne, De bonne part ce bon loz je luy donne ; Mais, tout ainsy qu'on reucherist le basmc, Je soubstiendray que la deffuncte dame Estoit trop plus excellente personne.
Car de beaulte c'estoitla paragonne, Et de bonté telle gloire en resonne Que du regret qu'on y a l'on se pasme, Sans rien blasmer.
Celuy mary par trop se desraisonne Et son honneur descroist et defîaçonne, Qui l'an de pleurs ^ espouse une aultre femme ; Car, selon droict, ung tel homme est infâme. Juge n'en suys, mais ainsy je l'ordonne, Sans rien blasmer.
CGXXVIII A quelqu'une
A peu davys Paris feist jugement, Quoyque les dieux doultassent largement
' Le veuf porUit le deuil de su feimnc pendant un an.
l)e lu beauUc do troys nobles déesses ' : Il mesprisa de Juno les richesses Et de Palas le divin sentement.
Venus lui pleut, et son contcnement, La pomme d'or luy donne promptement ; Et la faveur de ses belles promesses A peu d'avys.
Mais, pour myeulx faire, il m'en vient pircment, Car pour choisir de vertu l'ornement.
Et pour donner mon eucur a voz noblesses Je suys esclau d'ung millier de tristesses; En ce cas la deçeu suys grandement, A peu d'avys.
A la nourrice
Jamais ne fut et jamais ne scra^ ; Mais ung vendeur de mensonge et de gloire Sophistcment le vous vcult faire accroire, Pensant qu'ainsy de vous me chassera.
Ne croyez pas ce qu'on avancera De telz propos, car c'est gregoise hystoire, Jamais ne fut.
' Les trois Grâces.
2 Ce qui vous a été rapporté, c'csl-à-dirc ce que, dit-on, j'aurais écrit pour vous diffamer.
Plustost mon cueur soy-mesme ofrencera Qu'il ne fera voslre digne mémoire.
Que feisse escript sus vous diffamatoire! Je suys certain qu'il ne se prouvera Jamais.
CGXXX
Faict sus la grosse nau de Rhodes
Ne mort ne vif, entre Je ciel et l'eau, Pose que Tair soit assez cler et beau Je me desgouste, estant si loing- de terre. Mon cueur bondit et Festomac me serre ; Le sang me glace et froidist sous la peau.
Cela me vient du bransle de la nau Qui m'estourdit tant Tame et le cerveau
Que je ne sçay si je suys homme ou pierre, Ny mort ne vif.
Je ne sçauroys avaller ung morceau Qui tost ne soit rcvomy du boyau Sans digérer. 0 Dieu, qui jamais n'erre ! Je suys transy en ceste nau de guerre Comme ung amant reffuso du joyau, Ne mort ne vif.
io
Au Seigneur commandeur de Tinteville
Avant qu'aller au bon pays de France, Ayez pour Dieu de Colin souvenance, Je vous en pry, car pour vostre plaisir 11 a rompu son désire désir, Pour demeurer esclau de deplaisance.
(]ouschez son nom et Testât d'asseurancc Car le péril en demeure s'avance, Si n'en parlez troys bons motz a loysir, Avant qu'aller.
Vous conguoissez la curialle usance.
C'est de bouter tout homme en oubliance, Qu'autre seigneur auroit voulu choisir Pour le vouUoir auprès d'honneur gésir, Toul mue ainsy; mais trompez la nuance Avant qu'aller \
Au sieur abbe de Sainct-Aulbin
Rondeau tenez, Monsieur, pour vostre m a y, Car je n'ay plus violettes ny Heurs :
'• Douze vers.
Le Dieu d'amours qui me tient en esmoy, A faict changer toutes mes fleurs on pleurs.