‹ Les Poésies de Germain Colin Bucher, [poète] angevinChapitre 15 sur 31 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

Au révérend mesmes

Ung peu de honte empeschez la mercy Et le mérite acquis par longues pleurs, Mais le remède a ces honteuses meurs C'est de ravir ce qu'on veult estre ainsy. Car si secret est ce doulx pèche cy, Rien n'en sera, synon entre les cueurs Ung- peu de honte.

Ou est le sot amoureux et transy Qui blasmeroit si plaisantes erreurs?

Cil indigne est de tous biens et honneurs Qui ne vouldroit endurer en cecy Ung peu de honte.

CCXXXIII bis

A ung tas de Rhetoriciennes

De mort a vie et debout je suys mys Comme le sort l'a voulu et permis,

Mais savez vous ou j'ay grand congnoissance Qu'encores vy? c'est a la desplaisance A qui je suis incessamment soubzmis.

Grief, soing, travail plus menus que fourmis Sont sus mon cueur enraigez et fanis, Et leur dospit de veoir ma délivrance De mort a vie.

Si doulce mort m'eut en terre transmis, D'ennuytz mondains me sentisse demis ; Car si la mort fmist toute soutlVance Elle commence adoncq joye et plaisance.

Mais pour vous veoir ainsy, Dieu m'a remys De mort a vie.

A ung ingrat

Amy, du temps esbatcz-vous, jouez Avec le temps, tandis que vous l'avez; Mais, si le temps aulcunement se change, Prenez en gre aussy si on vous range Et n'en blasmez fors ce peu que savez.

Car tout ainsy que vous desaprovez Ceulx qui d'honneur plus que vous sont provez, Semblablcment on vous fera estrange Amy.

D'heur emprunte vous pompez et bravez Et maintenant par mespris agravez Ceulx qui vous ont tyrc hors de la fange : Je ne croy point que le ciel ne m'en vange Veu qu'eu loyal fainct et faulx vous trouvez Amy.

CGXXXV

Impaciente jalousie

Trêves pour Dieu ! de ce jaloux Qui est si maussade et fâcheux Qu'on ne peult durer avec luy, Car il y a trop moins d'ennuy En purgatoire qu'en ces jeux.

Hanter n'ouserois aulcuns lyeux Y fussent tous les saincts dos cieulx, Tant a le cerveau esblouy.

Trêves pour Dieu !

Je vous jure et fais de grands veux Que je le rendray si honteux De ce qu'il dit que je poursuy, Qu'il ne pourra trouver estuy Aux cornes pendants sus ses yeulx.

Trêves, pour Dieu !

A ung nouveau Abbe

Content de tout que l'air couvre et aronde, Synon de toy, c'est chose a moy profonde Et ne la peulx aulcunement comprendre, Car ces vertus qu'on doibt en corps sain prendre Chacune en toy suffisamment habonde.

De ccste la ou noble cueur se fonde Si nature as humble franche et féconde, Que reste plus sus la terre a le rendre, Content de tout.

D advis fourny le contenter redondc Et n'y a rien qui nous trouble ou confonde, Fors seullement une opinion tendre Qui naissant meurt et, en mourant, s'engendre : Horsmis cela tu pourras vivre au monde, Content de tout.

CCXXXVIl

A ung chifFreur d'aultruy besongne '

Du bien d'aultruy enrichir ne me veulx Saichant que c'est un forfaict scelereux,

^ A un plagiaire.

Duquel on est ou dampne ou pendu.

J'ay vou l'oscript trcs-docte et entendu Oue m'as mande pour me mcslcr aux dieux

Mais pas n'est tien, Tas pris en d'aultres lieux Dont je te dy larron pernicieux, Ja que sus moy mainct los as espandu Du bien d'aultry.

Va, va le rendre a riiomme vertueux Qui l'a dicte, ou bien au saige et preux, Auquel il est consacre et myeulx deu; Car autrement tu es garson perdu Et deviendras malheureux et honteux Du bien d'aultruv.

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