A MES ENFANTS
Quand le soleil y passe, ouvrez voire fenêtre, Lui seul sait essuyer l'humide et sombre hiver. Si le bonheur absent vient pour vous'reconnaître, Que votre cœur charmé, tout grand, lui soit ouvert.
Gardez-vous de bouder, enfants, contre vous-même; Sachez : l'or est moins pu/ qu'un tendre et doux conseil, Enfants! ne pas sourire à l'ami qui vous aime, C'est tourner le dos au soleil.
LA FfLEUSÉ ET L'ENFANT
J'appris à chanter en allant à l'école, Les enfants joyeux aiment tant les chansonsl Ils vont les crier au passereau qui vole; Au nuage, au vent, ils portent la parole, Tout légers, tout fiers de savoir des leçons.
L'a blanche fileuse, à son rouet penchée, Ouvrait ma jeune âme avec sa vieille voix, Lorsque j'écoutais, toute lasse et fâchée, Toute buissonnière en un saule cachée, Pour mon avenir ces thèmes d'autrefois.
Elle allait chantant d'une voix affaiblie, Mêlant la pensée au lin qu'elle allongeait; Courbée au travail comme un pommier qui plio.
Oubliant soa corps d'où l'àme se délie; Moi j'ai retenu tout ce qu'elle songeait :
Voyez les enfants qui courent à leur tête, On les plaint beaucoup, mais on leur dit : Va-t'en! Ces agneaux perdus n'ont rien qui les arrête; Sans guide, sans mère, ils bravent la tempête : Agneau de mon eœur, n'en faites pas autant.
Ne passez jamais devant l'humble chapelle, Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux; Pour vous éclairer c'est Dieu qui vous appelle; Son nom dit le monde à l'enfant qui répelle, Et c'est; sans mourir, une visite aux cieux !
Ce nom comme un feu mûrira vos pensées, Semblable au soleil qui mûrit les blés d'or; Vous en formerez des gerbes enlacées, Pour les mettre un jour sous vos tètes lassées, Comme un moissonneur qui chante et qui s'endort.
N'ouvrez pas votre aile aux gloires défendues; De tous les lointains juge-t-on la couleur?
Les voix sans écho sont les mieux entendues.
Dieu tient dans sa main les clés qu'on croit perdues,
Et de tous les secrets lui seul sait la valeur.
Quand vous respirez un parfum délectable, Voulez-vous savoir d'où vient ce souffle pur? Tout parfum descend de la divine table, L'abeille en arrive, artiste infatigable, Et le miel doré coule aussi de l'azur.
L'été, lorsqu'un fruit fond sous votre sourire, Ne demandez pas : Ce doux fruit, qui l'a fait? Vous direz : C'est Dieu, Dieu par qui tout respire; En piquant le mil l'oiseau sait bien le dire, Le chanter aussi par un double bienfait.
Si vous avez peur lorsque la nuit est noire, Vous direz : Mon Dieu! je vois clair avec vous! Vous êtes la lampe au fond de ma mémoire, Vous êtes la nuit, voilé dans votre gloire, Vous êtes le jour, et vous brillez pour nous!
Si vous rencontrez un pauvre sans baptême Donnez lui le pain que l'on vous a donné ;
Parlez-lui d'amour comme on fait à vous-même, Dieu dira : C'est bien 1 voilà l'enfant que j'aime; S'il s'égare un jour il sera pardonné 1
Voyez-vous passer dans sa tristesse amère Une femme seule et lente à son chemin ? Regardez-la bien et dites : C'est ma mère, Ma mère qui souffre ! Honorez sa misère. Et soutenez-la du cœur et de la main.
Enfin, faites tant et si souvent l'aumône,
Qu'à ce doux travail ardemment occupé,
Quand vous vieillirez (tout vieillit), Dieu l'ordonne,
Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne,
Comme un lis tout blanc pour la Vierge coupé.
Les ramiers s'en vont où le vent les emmène, L'eau court après l'eau qui fuit sans s'égarer ; Le chêne grandit sous les bras du grand chêne, 1/enfant seul revient où son cœur le ramène, Où les vieux tombeaux l'attirent pour pleurer.
J'appris tous ces chants en allant à l'école. Les enfants joyeux aiment tant les chansons !
m LES POÉSIES
Ils vont les crier au passereau qui vole ; Au nuage, au vent ils portent la parole, Tout légers, tout fiers de savoir des leçons !