A INÈS
T'es ma fille! t'es ma poule !
T'es le petit cœur qui roule
Tout à l'entour de mon cœur!
T'es le p'tit Jésus d' ta mère i
Tiens ! n'y a pas d' souffrance amère
Que ma fill' n'en soit l' vainqueur 1
N'y a pas à dir', faut qu' tu manges Quoiqu' tu vienn' d'avec les anges, Faut manger pour bien grandir.
Mon enfant ! j' faim' tant qu' ça m' lasso, C'est comme un' cord' qui m'enlace, Qu' ça finit par m'étourdir.
Que gu* ça m* fait si m' manqu' quéqu'chose, Quand j" vois ton p'tit nez tout rose, Tes dents blanch's comm* des jasmins?
J' prends tes yeux pour mes étoiles, Et quand j' te sors de tes toiles, J' tiens T bon Dieu dans mes deux mains !
Tes ma fille ! t'es ma poule! T'es le petit cœur qui r ule Tout à Tentour de mon cœur !
Tes le p'tit Jésus d* ta mare ; Tiens ! n'y a pas d' souffrance amère Que ma fill' n'en soit Y vainqueur !
H1PP0LYTE
Quand j'ai grondé mon fils, je me cache et je pleure. Qui suis-je pour punir, moi, roseau devant Dieu ; Pour devancer le temps qui nous gronde à toute heure, Et crie à tous : Prends ^arde; il faudra dire adieu!
Mourir avec le poids d'une parole amère, D'une larme d'enfant que l'on a fait couler, Que l'on sent sur son cœur incessamment rouler; Est-ce donc pour ce droit que l'on veut être mère ?
Est-ce donc là le prix des immenses douleurs
Dont nous avons payé leur présence adorée ?
De ce pas sur la tombe encor toute navrée,
Dieu ! laissez-nous donc vivre et respirer nos fleurs !
Laissez-nous contempler à deux genoux la tige Qui veut se lever seule et frémit d'obéir; Qui veut sa liberté, son plaisir, son vertige! Tout ce qui naît, mon Dieu, tend les bras au plaisir.
Laissez-nous seulement, ardentes sentinelles, Ecarter leurs dangers qu'ils aiment, si petits; Si forts à repousser nos forces maternelles, De la fierté de l'homme innocents apprentis.
Purifiez un peu ce monde où chaque haleine A l'entour de nos fruits souffle un air plein de feu; Préservez le lait pur dont leur jeune âme est pleine; Alors nous guiderons l'ange par nn cheveu.
Beaux anges mutinés, qui bravez nos tendresses, Dont les jours, dont les nuits, tiedesde nos caresses, Loin de vos nids plumeux brûlent de s'envoler Qui les fera ploa doux pour vous en consoler?
La mère, n'esL-ce pas un long baiser de l'àme ? Un baiser qui jamais ne dit non ni demain ? Faut-il ses jours? Seigneur! les voilà dans sa main, Prenez-les pour l'enfant de cette heureuse femme !
Enfant! mot plein de ciel, qui fait reine ou martyre* Couronne des berceaux! auréole d'épouse!
Saint orgueil! nœud du sang, éternité jalouse, Dieu vous fait trop de pleurs pour vous anéantir!
C'est notre âme en dehors, en robe d'innocence,
Hélas! comme la vit ma mère à ma naissance :
Et si je la contemple avec d'humides yeux,
C'est que la terre est triste, et que l'àme est des cieuxl
0 femmes! aimez-vous pour vos secrets de larmes, Par les devoirs sans bruit où s'effeuillent vos charmes; Après vos jours d'encens dont j'ai bu la douceur, Quand vous aurez souffert, appelez-moi ma sœur 1