AUX TROIS AIMES
De vous gronder je n'ai plus le courage, Enfants ! ma voix s'enferme trop souvent. Vous grandissez impatients d'orage ; Votre aile s'ouvre, émue au moindre vent. Affermissez votre raison qui chante ; Veillez sur vous comme a fait mon amour; On peut gronder sans être bien méchante : Embrassez-moi, grondez à votre tour.
Vous n'êtes plus la sauvage couvée Assaillant l'air d'un tumulte innocent; Tribu sans art, au désert préservée, Bornant vos vœux à mon zèle incessant :
L'esprit vous gagne, ô ma rêveuse école ; Quand il fermente, il étourdit l'amour.
Vous adorez le droit de la parole :
Anges, parlez, grondez à votre tour.
Je vous fis trois pour former une digue Contre les flots qui vont vous assaillir : L'un vigilant, l'un rêveur, l'un prodigue, Croissez unis pour negamais faillir.
Mes trois échos, l'un à l'autre, à l'oreille Redites-vous les cris de mon amour ; Si l'un s'endort, que l'autre le réveille : Embrassez-le, grondez à votre tour.
Je demandais trop à vos jeunes âmes;
Tant de soleil éblouit le printemps! -
Les fleurs, les fruits, l'ombre mêlée aux flammes,
La raison mûre et les joyeux instants,
Je voulais tout, impatiente mère,
Le ciel en bas, rêve de tout amour;
Et tout amour couve une larme amère :
Punissez-moi, grondez à votre tour.
Toi, sur qui Dieu jeta le droit d'aînesse, Dis aux petits que les étés sont courts; Sous le manteau flottant de la jeunesse, D'une lisière enferme le secours !
Parlez de moi, surtout dans la souffrance; Où que je sois, évoquez mon amour :
Je reviendrai vous parler d'espérance, Mais gronder... non : grondez à votre tourl
A MON FILS