‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 48 sur 78 · AUX TROIS AIMES · texte numérisé non relu

AUX TROIS AIMES

De vous gronder je n'ai plus le courage, Enfants ! ma voix s'enferme trop souvent. Vous grandissez impatients d'orage ; Votre aile s'ouvre, émue au moindre vent. Affermissez votre raison qui chante ; Veillez sur vous comme a fait mon amour; On peut gronder sans être bien méchante : Embrassez-moi, grondez à votre tour.

Vous n'êtes plus la sauvage couvée Assaillant l'air d'un tumulte innocent; Tribu sans art, au désert préservée, Bornant vos vœux à mon zèle incessant :

L'esprit vous gagne, ô ma rêveuse école ; Quand il fermente, il étourdit l'amour.

Vous adorez le droit de la parole :

Anges, parlez, grondez à votre tour.

Je vous fis trois pour former une digue Contre les flots qui vont vous assaillir : L'un vigilant, l'un rêveur, l'un prodigue, Croissez unis pour negamais faillir.

Mes trois échos, l'un à l'autre, à l'oreille Redites-vous les cris de mon amour ; Si l'un s'endort, que l'autre le réveille : Embrassez-le, grondez à votre tour.

Je demandais trop à vos jeunes âmes;

Tant de soleil éblouit le printemps! -

Les fleurs, les fruits, l'ombre mêlée aux flammes,

La raison mûre et les joyeux instants,

Je voulais tout, impatiente mère,

Le ciel en bas, rêve de tout amour;

Et tout amour couve une larme amère :

Punissez-moi, grondez à votre tour.

Toi, sur qui Dieu jeta le droit d'aînesse, Dis aux petits que les étés sont courts; Sous le manteau flottant de la jeunesse, D'une lisière enferme le secours !

Parlez de moi, surtout dans la souffrance; Où que je sois, évoquez mon amour :

Je reviendrai vous parler d'espérance, Mais gronder... non : grondez à votre tourl

A MON FILS

Page 1