‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 6 sur 78 · LE PETIT PEUREUX · texte numérisé non relu

LE PETIT PEUREUX

Quoi, Daniel! à six ans vous faites le faux brave ;

Vous insultez un chien qui dort ; Vous lui tirez l'oreille! et, raillant votre esclave, Sous ses pieds endormis vous dressez une entrave ! L'esclave qui sommeille, ô Daniel! n'est pas mort : Son réveil s'armera d'une dent meurtrière... La preuve en a rougi votre linge en lambeaux ; Oui, vous voilà blessé, mais blessé par derrière ! Malgré la nuit, j'y vois : sauvons-nous des flambeaux, Sauvons-nous des témoins. Moi, je suis votre mère ■ Je cacherai ta honte, enfant, dans mon amour : Viens ! j'ai pitié de toi, car la honte est amère ; Bénis Dieu : sa bonté vient d'éteindre le jour.

Personne ne t'a vu lâche et méchant... Écoute : Pour t'appeler méchant, sais-tu ce qu'il m'en coûte ?

C'est ton nom pour ce soir : subis-le devant moi ; Va ! personne jamais ne l'entendra que toi. Personne ne t'a vu d'une bète innocente

Tourmenter l'indolent sommeil,

Et, pour irriter son réveil,

Lui simuler sa chaîne absente.

Cher petit fanfaron, c'est lui qui t'a fait peur. Sa gueule était immense, ouverte à la vengeance ; Il te mangeait, Daniel, sans ma tendre indulgence, Et tu fuyais en vain, lié par la stupeur. 11 m'a cédé sa proio, il a compris mes larmes ; Et, peut-être, un gâteau que préparait ma main

Pour charmer ton loisir demain, L'a rendu tout à fait clément à mes alarmes. J'avais fait le gâteau si grand! Ne pleure plus : De tes habits l'eau pure effacera la tache ; Ton âge n'en a pas où le remords s'attache ! Tout ce qui doit survivre à tes cris superflus, Ce qu'il faut regretter par delà ton enfance, C'est mon sang... oui, le mien! lâchement répandu. Quoi! sous la dent d'un chien tu l'as déjà perdu, Daniel, et ton pays l'attend pour sa défense 1

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