‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 5 sur 78 · L ENFANT · texte numérisé non relu

L ENFANT

J'agrandirai la cage; J'en ferai dans l'hiver un semblant de bocage; Et j'aurai- mille oiseaux qui chanteront toujours. Que de musiciens pour amuser mes jours! Quel bonheur de nourrir tant de joyeux esclaves l A peine ils sentiront leurs légères entraves. 0 ma mère 1 j'y cours.

L a mer e.

Arrêtez, il fait nuit; Quelque chose de triste entoure ce réduit; Restez! De noirs soldats les farouches cohortes Au coucher du soleil ont assailli nos portes. Ne vous éloignez pas, ne quittez plus mon sein ; De vous saisir peut-être ils avaient le dessein.

l'enfant.

Des soldats? Et beaucoup, ma mère ?etpour méprendre?

LA MÈRE

Vous, charme de ma vie, et pour ne plus vous rendre.

Que feront-ils de moi?

LA MÈRE

Qui le sait? Un captif, Un orphelin, peut-être; un prisonnier plaintif

l'enfant.

Sauvez-moi!

LA MÈRE

Priez Dieu, c'est en lui que j'espère.

Loin de nous les cruels emmènent votre père, Ce père, si content quand il vous embrassait ! Ce gardien de vos jours, et qui les nourrissait»

l'enfant.

Mon père prisonnier!

LA MÈRE

C'est le roi qui l'ordonne.

l'enfant.

Qu'est-ce qu'un roi?

LA MÈRE

Puissant par l'amour ou l'effroi, Un maître s'il punit, presque un Dieu s'il pardonne.

l'enfant.

Ah! laissez-moi sortir, je veux parler au roi... Mon père va mourir!...

LA MERE

Eh quoi! si jeune encore, Savez-vous que l'on meurt loin de ceux qu'on adore, Qu'arraché de son toit votre appui va souffrir, Que sans la liberté Ton n'a plus qu'à mourir? Savez-vous qu'en prison la vie est bien amère ?

l'enfant.

Oui, sans lui nous mourrons. Oui! vous mourrez, ma mère. Mais ce roi si méchant, qui Ta mis en courroux ?

LA MÈRE

Le roi n'est ni méchant ni cruel plus que vous, Mon fils ! Las de ses jeux, il vient troubler les nôtres; Libre, il a des captifs ; n'avez-vous pas les vôtres ? ,; Dans une chambre étroite il vous renfermera; Mais vous serez content, car il vous nourrira. Pourquoi de vos sanglots déchirez-vous mon âme ? Est-ce à vous, cher coupable, à murmurer le blâme? Nous sommes des oiseaux dans ses cages plongés. Pourquoi de son plaisir serions-nous affligés, Si, dans ses jeux de roi qu'on a faits légitimes, De lumière et d'air pur il prive ses victimes? Où courez-vous?

gg LES POÉSIES

l'enfant.

De l'air! de l'air au prisonnier!

Qu'il respire, ma mère, et qu'il vole, et qu'il vive! Oiseau ! des malheureux que n'es- tu le dernier l Je ne veux pas d'esclave !

LA MÈRE

0 clémence naïve!

Embrassez-moi, mon fils, vous m'arrachez des pleurs; Soyez libre vous-même, et calmez vos douleurs. Quoi ! jusque dans mes bras votre frayeur palpite !.. Ah! le cœur de l'oiseau palpitait-il moins vite, Quand votre instinct cruel empêcha son essor ? Enfant, sans vos chagrins quel eût été son sort? Vous ravissiez l'époux à l'épouse éperdue; Elle eût traîné sa plainte, et Dieu l'eût entendue ! Et les petits tout nus, glacés dans votre main, Auraient péri de froid, de langueur et de faim.

l'enfant.

Ah 1 je n'y songeais pas !

LA MÈRE

Maintenant tout respire ; Tout se calme et s'endort.

DE L'ENFANCE t3

l'enfant.

Et mon père !..,

LA MÈRE

Il oupire.

Comme l'oiseau du ciel un moment arrêté; Mais Dieu, qui voit partout, veille à sa liberté.

l'entant.

Le roi le voudra-t-il ? Nous rendra-t-il mon père?

LA MÈRE

Oui, mon fils! oui, mon bien! maintenant je l'espère; Oui, s'il a des enfants comme les miens chéris, Des jeunes suppliants il accueille les cris. Un père a dans le cœur je ne sais quoi de tendre, Toutes les voix d'enfants savent s'y faire entendre.

l'enfant.

Je veux le voir. Venez ! conduisez-moi vers lui.

LA MÈRE

Oui, mon amour, demain !

Pas demain, aujourd'hui.

LA MÈRE

Quoi! votre chère enfance à cette heure exposée!...

l'enfant.

Je veux montrer au roi cette cage brisée; Je lui dirai : Voyez ! je fus méchant aussi;

Je ne le suis plus, Dieu merci !

Au captif innocent j'ai rendu la volée,

Et sa famille consolée A cette heure est au nid plus heureuse que nous! Le même arbre en ses fleurs les couvre et les rassemble : Chaque famille ainsi doit s'endormir ensemble, Et nous venons chercher mon père à vos genoux.

LA MÈRE

Ecoutez !.. . par l'appui de quelque voix divine, On dirait que le roi vous plaint et vous devine; Car voici voire père, il a tout entendu ; Enfant, Dieu vous absout, puisqu'il nous est rendu!

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