‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 76 sur 78 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

J'ai vu languir au fond de la vallée Un jeune arbuste oublié du bonheur; L'aurore se levait sans éclairer sa fleur, Et pour lui la nature était sombre et voilée. Son front pour s'élever faisait un vain effort; L'ombre humide éteignait sa force languissante; Un éternel hiver, une eau triste et dormante Jusque dans sa racine allait porter la mort. « Hélas! faut-il mourir sans connaître la vie! » Disait le jeune arbuste en courbant ses rameaux; * Je n'atteindrai jamais de ces arbres si beaux La couronne verte et fleurie!

Ils dominent au loin sur les champs d'alentour; On dit que le soleil dore leur beau feuillage,

Et moi sous leur impénétrable ombrage Je devine à peine le jour.

Vallée où je me meurs, votre triste influence A préparé ma chute auprès de ma naissance!

Bientôt, hélas! je ne dois plus gémir!

Déjà ma feuille a cessé de frémir!...

Je meurs ! je meurs! » Ce douloureux murmure

Toucha le dieu protecteur du vallon.

C'était le temps où le noir Aquilon

Laisse, en fuyant, respirer la nature.

<f Non! dit le dieu : qu'un souffle de chaleur

Pénètre au sein de ta tige glacée !

Ta vie heureuse est enfin commencée;

Relève-toi, j'ai ranimé ta fleur.

Je te consacre aux nymphes des bocages,

A mes lauriers tes rameaux vont s'unir; Et j'irai quelque jour sous leurs jeunes ombrages Chercher un souvenir. »

L'arbrisseau, faible encor, tressaillit d'espérance; Dans le pressentimen goûta l'existence ;

Comme l'aveugle-né, saisi d'un doux transport, Voit fuir sa longue nuit, image de la mort, Quand une main divine entrouvre sa paupière Et conduit à son âme un rayon de lumière, L'air qu'il respire alors est un bienfait nouveau L'air est plus pur venant d'un ciel si beau!

FW

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