RENE BERTON
Alain de Fayolle
Gaaté de blanc, Fayolle a remis soa panache. (Edmond Rostand, Jour des Morts.)
Je te salue, ô toi qui sus si bien mourir, Petit Saint-Cyrien dont le pur souvenir
Hante notre mémoire!...
Ton geste fut surtout un geste bien français. Et c'est avec cela, Fayolle, tu le sais.
Qu'on entre dans l'Histoire !...
Quand les Saint-Gyriens partirent, pleins d'espoir. Ils jurèrent entre eux que, pour mieux recevoir
Le glorieux baptême.
Ils mettraient leurs gants blancs pour leur premier assaut. Car, lorsqu'on a l'honneur d'être « Cyrard », il faut
Etre coquet, quand même.
Ce fut à Charleroi qu'arriva le moment De charger, et tu fus fidèle à ton serment,
Mais tu fis mieux encore :
Voyant que tes soldats hésitaient à partir, Tu mis à ton képi ton plumet de Saint-Cyr,
Et, d'une voix sonore,
4l. POÈTES 'i
l8 RENÉ BERTON
Tu crias : « En avant ! » Et tous, d'un seul élan, Bondissent, ralliés à ton panache blanc...
Hélas! c'est une cible!...
Et tu tombes, frappé d'une balle en plein front... Mais l'élan est donné, l'élan que rien ne rompt,
L'élan irrésistible!...
Et quand on ramassa ton plumet blanc et bleu On vit qu'il se teignait de rouge, peu à peu.
Et devenait garance...
Ton sang qui l'empourprait l'avait rendu plus beau, Car il en avait fait comme un petit drapeau
Aux trois couleurs de France !...
Salut, jeune héros qui n'avais pas vingt ans, Oui marchais à la mort, en boutonnant tes gants,
Le front dans la lumière ! . . .
D'aussi braves que toi sont tombés sans faiblir ; Mais tu nous as montré que, même pour mourir.
Il y a la « manière ».
René Berton.
{Poèmes lie la Grande Guerre, un vol. on iiréparation).
ALBERT DU BOIS ig
Maman !
Ouiconque a vu le feu vous redira la chose : Quand un jeune soldat, frappé grièvement, Tombe, lâchant son arme, oubliant toute pose, Tandis qu'il perd le sentiment ;
Quand Tinstinct parle seul dans la chair qui s'effondre, Quand le corps déchiré s'arrête en son élan, Son dernier cri, le mot où son cœur vient se fondre, C'est toujours celui-ci : maman !
Oh ! l'on dira que c'est vraiment peu militaire ! Je suis sûr que tous les héros de coin du feu Jugeront que c'est un détail qu'il vaut mieux taire : Magnifique, bien peu !
C'est leur droit de rêver qu'en des éclairs d'épées. Prestigieux, bombés d'orgueil national.
Nos superbes guerriers vivent des épopées, Dignes d'images d'Epinal...
Je préfère humblement, aux beaux cris grandioses Au fond desquels il est un peu de vanité, La voix simple, disant très simplement des choses Pleines d'éternité !