CONTE DE NOËL
De Noël c'est le soir.
Petit Paul, plein d'espoir, A mis devant sa cheminée
Ses brodequins d'enfant,
Puis s'endort en rêvant Dans sa couchette satinée.
Mais de tous les joujoux
Ce qu'il voudrait surtout C'est une boîte magnifique
De beaux soldats de plomb,
Avec fort en carton.
Brave petit cœur héroïque !
Au milieu de la nuit.
En entendant du bruit, Petit Paul tout à coup s'éveille ;
Dans ses souliers il voit •
Le jouet de son choix.
Mais, ô ! surprise sans pareille !
De la boîte en carton
Tous les soldats de plomb Sortent et, fusil sur l'épaule,
En bon ordre ils s'en vont.
Et le petit garçon Les voyant partir se désole !
Mais, sautant du lit doucement, Aux soldats il dit, suppliant :
« Petits, petits soldats de plomb, « Pourquoi quitter ma cheminée?
« Voyez mon désespoir profond, « Pourquoi cette fuite obstinée ? »
Alors Un des soldats de plomb Lui répondit : « Petit garçon.
Nous ne restons pas dans la tienne C'est une cheminée prussienne ! ! »
Cami.
(Le Journal.)
Tête de pipe
CONTE DU JOUR DE l'AN
A ses soldats pour étrennes Ce cher Kronprinz vient d'ofitrir Des pipes en porcelaine, Noble et touchant souvenir !
Ces pipes mirobolantes Se composent d'un tuyau Et de la tête imposante Du Kronprinz sur le fourneau.
Ce Kronprinz tête de pipe A chacun des soldats veut Prouver qu'il est un chic type, Et qu'il ne craint pas le feu !
Pour rendre un honneur suprême A cet impérial présent, Un régiment le jour même Voulut charger en fumant.
Vers nos troupiers il s'élance ; Mais, en les apercevant, Un éclat de rire immense Des Français secoue les rangs.
« Tiens ! dit un soldat gavroche, « Ils chargent la pipe aux dents !
« Leurs pipes ont la caboche « Du Kronprinz peinte devant !
« Lui qui, toujours par prudence, « Se cache lors des combats, « Aujourd'hui — quelle vaillance !
«. Il est devant ses soldats ! ! »