PRÉFACE
Sot blasphème, ignoble hérésie De Béotiens aux abois Oui pour tuer la Poésie Font en vain flèche de tout -bois...
Or, poussant plus loin V imposture, Maint cancre haineux s'aventure Jusqu'à dire : — « Quand du canon La sourde voix trouble la terre, Le faiseur de vers doit se taire!... » .-1 celui-là je réponds : — Non !
Non : que le doute Jious opprime.
Que l'extase brille en nos yeux, Avec le rythme, avec la rime Ce qu'on veut dire, on le dit mieux!
Redoublant de force et de charme.
Le mot devient alors une arme Contre les méchants et les sots.
Et, pour les batailles superbes, Assembler des strophes en gerbes, C'est encor former les faisceaux !.. .
Et c'est pour cela — douce France — Que, nombreux, tes fis chaque jour Disent ta gloire et ta souffrance, D'un cœur tout débordant d'amour.
Hymne, Chanson et Mélopée De ta formidable épopée
Célèbrent les exploits divers.
Pour les vainqueurs et les victimes, A Vombre des lauriers ultimes Germe la semence des vers.
Les jeunes qui dans la tranchée Crayonnent des refrains plaisants.
Les plus vieux qui, tête penchée.
Maudissent le fardeau des ans.
Tous, avec une foi superbe, Exaltent la splendeur du verbe.
Nés des Latins et des Gaulois, Ils savent qu'il faut qu'un poète Ainsi qu'un guerrier se soumette — Rude Discipline — à tes lois !
Comme l'esprit, quoi que l'on pense, N'est pas toujours dupe du cœur, La blague s'offre en récompense Du peuple héroïque et moqueur.
Chacun, même aux heures de fièvres.
Telle une fleur au coin des lèvres, Se plaît à l'arborer soudain ; Et la souriante ironie Prouve sa puissance infinie Par le sarcasme ou le dédain...
Parfois la Muse, révoltée
Du plus grand des crimes humains.