‹ Les poètes de la guerreChapitre 34 sur 54 · GEORGES MAITRE · texte numérisé non relu

GEORGES MAITRE

Tenir !

Plus qu'eu l'élan sabreur des rudes chevauchées, Plus qu'au fort des combats livrés à cœur égal, Plus qu'en la charge épique ou l'assaut triomphal, L'héroïsme est debout, la nuit, dans nos tranchées.

Aux lisières des bois par les balles hachées, La fosse où l'on se terre a l'aspect sépulcral D'une tombe, et trois jours nos sections cachées Vont rester aux aguets dans cet étroit chenal.

Tous feux éteints, les pieds mouillés, le ventre vide. C'est l'ordre, il faut tenir. Parfois l'éclair livide D'un obusier géant fait signe et la mort vient.

Dans le noir on frissonne, on est de pauvres diables, Hantés par le sommeil, grelottants, pitoyables : On est soldat de France. Il faut tenir. On tient !

Georges Maître.

{Le Petit Journal, 20 novembre igil.)

LOUIS MARSOLLEAU

Le Vent

(^'ERS inédits)

Tous les rameaux nus frissounent

Daus la forêt ; Et toutes les cloches sonnent,

D'elles-mêmes, ou dirait...

La Seine, lourde d'histoire, Clapote d'un flot mouvant, Soudain jeune et plus vivant...

C'est le vent?

C'est le vent de la victoire

Se levant !

Tous les drapeaux des fenêtres

Sont palpitants. Le grand souffle des ancêtres Les gonfle, du fond des temps.

Ce souffle, tonique à boire, Que nos poumons vont buvant Et qui nous pousse en avant,

C'est le vent.P C'est le vent de la victoire

Se levant !

Louis Marsolleau.

LOUIS MARSOLLEAU 89

N'ai-je donc tant vécu?...

O deuil ! dont le cœur gros se gonfle et dont on pleure, D'être sortis de l'âge et d'avoir passé l'heure Où l'on pouvait encore, à l'ombre du drapeau, Marcher son pas, dresser son front, donner sa peau !

Car nous l'avons appris, le maniement de l'arme, Sans qu'ait sonné pour nous la fanfare d'alarme. De la classe qui vient à la classe qui part, Guerriers des temps de paix, inutile rempart !

Lidoires de quartiers, chantés par Courteline, Nous ignorons le vent de mort qui vous incline, O blés vivants ! ô nos cadets, jeunes héros. Vous qui pouvez tirer vos sabres des fourreaux !

Sur le contrôle on a rayé nos matricules ;

Et nos livrets n'ont plus de derniers fascicules !

La guigne nous a mis hors de course au départ :

Nous sommes nés trop tôt, et nous mourrons trop tard !

Louis Marsolleau.

{Le Figaro, 18 août 1914.)

Page 1