URBAIN MO
Les Gigognes
Sitôt que le canon eut ébranlé l'espace Et qu'un obus tomba dans le Rhin allemand, On vit sur les clochers, prêts au rassemblement. Les longs corps efflanqués des cigognes d'Alsace.
Entraînant par les cieux leur bataillon sagace, Elles mirent le cap vers l'horizon clément Des coteaux de Champagne empourprés doublement De vendange prochaine et du rêve qui passe...
Entre le coq gaulois et nos hommes-oiseaux, Elles ont désormais pour asiles nouveaux, Le toit, la cheminée et l'arc de cathédrale.
Gardiennes du feu de notre cœur serein, Elles veillent, ainsi que l'antique Vestale, En l'attisant avec un peu de vent lorrain.
Urbain Mo.
(^L'Autu.)
COMTESSE MATHIEU DE NOAILLES gS
Un jouTy ils étaient là,..
O morts pour mon pays, je suis votre envieux... Victor Hueo.
— Quel mortel n'a connu vos somptueux élans, Passion de l'amour, unique multitude.
Danger des jours aigus et des jours indolents. Orchestre dispersé sur les vents turbulents. Rossignol du désir et de la servitude !
Mais pour que soient domptés ces iniques transports,
Nous irons aujourd'hui parmi les tombes vertes
Où les croix ont l'éclat des mâts blancs dans les ports ;
Et nous suivrons, le cœur incliné vers les morts,
La route de l'orgueil qu'ils ont laissée ouverte.
Voix des champs de bataille, âpre religion ! Insistance des morts unis à la nature ! Ils flottent, épandus, subtile légion, Mêlés au blé, au pain, au vin des régions. Hors des funèbres murs et des humbles clôtures.