‹ Les poètes de la guerreChapitre 45 sur 54 · EDMOND ROSTAND I · texte numérisé non relu

EDMOND ROSTAND I

Quand, sur le dur orgueil d'accomplir son devoir, Ils laissaient, en mourant, tomber leur jeune tête. Aucun n'a regretté, comme fit le poète. Ce « quelque chose, là » que plus d'un crut avoir !

Souvenons-nous comment, pendant près d'une lieue. On entendit chanter leur France rouge et bleue, Lorsque, pour nous défendre, en route elle se mit.

Ne songeons qu'à ces morts, soldats, martyrs, apôtres.

Que ce jour soit le Jour des Morts à l'Ennemi !

Ne songer qu'à ceux-là, c'est mieux songer aux autres.

NoUy, Gilbert, Goujon, fauchés comme du seigle ! Et ce beau Cassagnac perdu dans le brouillard ! MiiUer qui meurt à la manière de Bayard, Car un héros pensif sort du railleur espiègle !

Et ceux-là : l'un, tombant d'un vol calme qu'il règle, L'autre, empourprant sa terre, immortel campagnard, Et qui, la méritant, n'ont pas eu par hasard, Péguy la mort du loup, Reymond la mort de l'aigle !

Ils sont morts. Et, de peur de ne pas réussir A mourir tout de suite en sortant de Saint-Cyr, Ganté de blanc, FayoUe a remis son panache.

Ils ont tous entendu le colonel Doury

Dire, quand pour la mort sa troupe se harnache :

« Mot d'ordre : le sourire ! » Et tous ils ont souri.

Il8 EDMOND ROSTAND

Ceux qui sont morts pour la Patrie ont vu l'Archange.

Qu'il soit le Chevalier de soleil et de fer

A qui le gantelet de Roland fut pfFert,

Ou du pommier lorrain le Visiteur étrange ;

Né du sol ou du ciel, des récits de la grange Ou de l'Histoire, armé du soc ou de l'éclair, C'est l'Archange ! celui dans lequel, d'un œil lier. On croit voir sa Patrie avant qu'on s'y mélange !

Chacun, selon ses yeux, sa province, sa foi.

L'a vu. Dans cet instant du plus grand don de soi.

Tous l'ont vu ! tous l'ont vu i nous en mourrons d'envie !

Tous — quand, se soulevant sur un bras douloureux. Comme Roland son gant ils lui tendaient leur vie, — L'ont vu, de fer et d'or, et qui venait sur eux !

{Le Gaulois, a novembre igii.)

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