‹ Les poètes de la guerreChapitre 44 sur 54 · POÈTES · texte numérisé non relu

POÈTES

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Son armée ingambe détale Devant celle de Petrograd; Bientôt Vienne, sa capitale, Devra s'appeler Retrograd.

Son exemple vous encourage P Vous allez vous associer.

Turcs, pour compléter l'entourage Du Kaiser Wilhelm der Grossier ?

O Turcs, bien fol est qui s'y fie!

La Porte s'ouvre, en renonçant A faire sa Sainte-Sophie, Sur un horizon menaçant.

Vous croyez le Boche invincible ?

Vous apprendrez, à votre tour, Lorsque nous vous aurons pour cible, Ce que vous vaudra sa Koultour.

Il a du chic, il a du coffre, ' C'est vrai, votre kaiser Dum-duni...

Nous avons un général Joffre, Vous n'avez qu'un général Boum.

« Jofire!... » La Turquie étonnée S'informe auprès des combattants...

« — J'offre quoi ?... — J'offre... une tournée ! Vous verrez ça dans quelque temps.

Rip.

(Le Figaro, S novembre 1914.)

EDMOND ROSTAND ll5

La Cathédrale

Ils n'ont fait que la rendre un peu plus immortelle. L'OEuvre ne périt pas, que mutile un gredin. Demande à Phidias et demande à Rodin Si, devant ses morceaux, on ne dit plus : « C'est Elle ! »

La Forteresse meurt quand on la démantèle. Mais le Temple, brisé, vit plus noble ; et soudain Les yeux, se souvenant du toit avec dédain, Préfèrent voir le ciel dans la pierre en dentelle.

Rendons grâce — attendu qu'il nous manquait encor D'avoir ce qu'ont les Grecs sur la colline d'or : Le Symbole du Beau consacré par l'insulte ! —

Rendons grâce aux pointeurs du stupide canon, Puisque de leur adresse allemande il résulte Une Honte pour eux, pour nous un Parthénon !

(Le Figaro, 9 octobre 1914.)

Il6 EDMOND ROSTAND

Jour des Morts

Au lieu d'aller fleurir les dalles du passé, Cherche au loin, par l'esprit, une humble croix qui tremble. Ton cimetière est là. Car, cette année, il semble Que l'aïeul pour le fils veuille être délaissé.

Le tombeau nous renvoie au tertre. Et, front baissé, Visitons d'un long rêve, aujourd'hui, tous ensemble, Les champs où, dans l'espoir qu'un clairon les rassemble, Ils se sont endormis en ordre dispersé.

Ferme les yeux. Vois chaque place. Un camarade A gravé dans la croix le jour, le nom, le grade, Et parmi l'herbe triste a posé le képi.

O renflements du sol plus nobles que des marbres !

O Patrie automnale apportant sans répit

Sur les corps de tes fils les feuilles de tes arbres !

L'un est mort en sachant et l'autre sans savoir De quel pas de vainqueurs ils battaient en retraite. L'un, pris à l'improviste, eut une mort distraite ; L'autre, la lente mort qu'on a le temps de voir.

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