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JEAN AICARD

Le Pape et les Empereurs

SUR LA MORT DE S. S. LE PaPE PIE X

A cette heure où la Mort a seule la parole, Tout prend une grandeur suprême de symbole.

Le doux représentant du Christ a supplié

Deux empereurs d'avoir l'univers en pitié,

De ne pas reclouer sur le bois d'infamie

Et de ne pas percer de leur lance ennemie

L'Humanité que Dieu place au-dessus des rois.

Et d'épargner la Mère appuyée à la Croix.

Mais des deux empereurs, sourds aux pitiés du Pape,

L'un dit à l'autre : « Prends les clous, le marteau ; frappe !

Mets l'Homme en croix. »

François-Joseph, obéissant, Dit : « C'est fait ! »

Aussitôt, l'autre empereur de sang, Guillaume, a pris la lance, et, dans la chair auguste, Déchiquetée, il a navré l'esprit du Juste. Alors, un cri courut : « Lamma Sabacthani ! » Avec un grand frisson, dans l'espace infini, Et, comme pour montrer, par un signe sublime. Qu'ils ont connu le nom sacré de la victime. Lorsque les deux bourreaux ont frappé sans remord. Le doux représentant du Christ sur terre — est mort.

Jean Aicard.

{Le Gaulois, 9 septembre 1914.)

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