‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 11 sur 48 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Quand d'une doulce ardeur doulcement agité J'userois quelque fois en louant ma Princesse Des termes d'adorer, de céleste ou Déesse, Et ces tiltres qu'on donne à la Divinité,

Je ne craindrois (Melin) que la postérité Appellast pour cela ma Muse flateresse : Mais en louant ainsi sa royale haultesse, Je craindrois d'offenser sa grande humilit

L'antique vanité aveques telz honneurs Souloit idolâtrer les Princes et Seigneurs : Mais le Chrestien qui met ces termes en usage,

H n'est pas pour cela idolâtre ou flateur : Car en donnant de tout la gloire au Créateur, Il loue l'ouvrier mesme, en louant son ouvrage.

Voyant l'ambition, l'envie, et l'avarice, La rancune, l'orgueil, le désir aveuglé, Dont cet aage de fer de vices tout rouglé A violé l'honneur de l'antique justice :

Voyant d'une autre part la fraude, la malice, Le procez immortel, le droit mal conseillé : Et voyant au milieu du vice déreiglé Ceste royale fleur, qui ne tient rien du vice :

Il me semble (Dorât) voir au ciel revolez Des antiques vertuz les escadrons allez, N'ayans rien délaissé de leur saison dorée

Pour réduire le monde à son premier printemps, Fors ceste Marguerite, honneur de nostre temps, Qui comme l'espérance, est seule demeurée.

De quelque autre subject, que j'escrive, Jodelle, Je sens mon cœur transi d'une morne froideur, Et ne sens plus en moy ceste divine ardeur, Çui t'enHamme l'esprit de sa vive estincelle.

Seulement quand je veulx toucher le loz de celle Qui est de nostre siècle et la perle, et la fleur, Je sens revivre en nioy coste antique chaleur. Et mon esprit lassé prendre fore; nouvelle.

Bref, je suis tout changé, et si ne sçay comment, Comme on voit se changer la vierge en un moment, A l'approcher du Dieu qui telle la fait estre.

D'où vient cela, Jodelle ? il vient, comme je croy,

Du subject, qui produit naïvement en moy

Ce que par art contraint les autres y font naistre.

JOACHIM DU BELLAY

Ronsard, j'ay veu l'orgueil des Colosses antiques, Les théâtres en rond ouvers de tous costez, Les columnes, les arcz, les haults temples voultez, Et les sommets pointus de carrez obélisques,

J'ay veu des Empereurs les grands thermes publiques, J'ay veu leurs monuments que le temps a dontez, J'ay veu leurs beaux palais que l'herbe a surmontez Et des vieux murs Romains les pouldreuses reliques.

Bref, j'ay veu tout cela que Rome a de nouveau, De rare, d'excellent, de superbe, et de beau : Mais je n'y ay point veu encores si grand 'chose

Que ceste Marguerite, où semble que les cieux,

Pour effacer l'honneur de tous les siècles vieux.

De leurs plus beaux présens ont l'excellence enclose.

Je ne suis pas de ceulx qui robent la louange, Fraudant indignement les hommes de valeur, Ou qui changeant le noir à la blanche couleur Sçaveut, comme l'on dit, faire d'un diable un ange.

Je ne fay point valoir, comme un trésor estrange, Ce que vantent si hault noz marcadants d'honneur, Et si ne cherche point que quelque grand seigneur Me baille pour des vers des biens en contr' eschange.

Ce que je quiers (Goumay) de ceste sœur de Roy s. Que j'honnore, révère, admire comme toy. C'est que de la louer sa bonté me dispense.

Puis qu'elle est de mes vers le plus louable object :

Car en louant (Goumay) si louable subject.

Le loz que je m'acquiers, m'est trop grand' récompense.

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