CLXXXVIII
Paschal, je ne vculx point Jupiter assommer, Ny, comme fit Vulcan, luy rompre la cervelle, Pour en tirer dehors une Pallas nouvelle, Puis qu'on veult de ce nom ma Princesse nommer.
D'un effroyable armet je ne les veulx armer, Ny de ce que du nom d'une chèvre on appelle, Et moins pour avoir veu sa Gorgonne cruelle, Veulx-je en nouveaux cailloux les hommes transformer.
Je ne veulx déguiser ma simple poésie
Sous le masque emprunté d'une fable moisie,
Ny souiller un beau nom de monstres tant hideux :
Mais suivant, comme toy, la véritable histoire. D'un vers non fabuleux je veulx chanter sa gloire A nous, à noz enfans, et ceux qui naistront d'eulx.
JOACHIM DU BELLAY
Cependant (Pelletier) que dessus ton Euclide
Tu monstres ce qu'eu vain ont tant cherché les vieur,
Et qu'en despit du vice, et du siècle envieux,
Tu te guindés au ciel comme un second Alcide :
L'amour de la vertu, ma seule et seure guide, Comme un cygne nouveau me conduit vers les cieux, Et en despit d'envie, et du temps vicieux, Je rempliz d'un beau nom ce grand espace vide.
Je voulois, comme toy, les vers abandonner, Pour à plus hault labeur plus sage m'addonner : Mais puis que la vertu à la louer m'appelle,
Je veulx de la vertu les honneurs raconter : Aveques la vertu je veulx au ciel monter. Pourrois-je au ciel monter aveque plus haulte aile?
Dessous ce grand François, dont le bel astre luit Au plus beau lieu du ciel, la France fut enceincte Des lettres et des arts, et d'une troppe saincte Que depuis sous Henry féconde elle a produict :
Mais elle n'eut plus tost fait monstre d'un tel fruict. Et plus tost ce beau part n'eut la lumière atteincte, Que je ne sçay comment sa clairté fut esteincte. Et vid en mesme temps et son jour et sa nuict.
Hélicon est tary, Parnasse est une plaine,
Les lauriers sont seichez, et France autrefois pleine
De l'esprit d'Apollon ne l'est plus que de Mars.
Phœbus s'en fuit de nous, et l'antique ignorance Sous la faveur de Mars retourne encore en France, Si Pallas ne défend les lettres et les arts.
Sire, celuy qui est, a formé toute essence De ce qui n'estoit rien. C'est l'œuvre du Seigneur : Aussi tout honneur doit fléchir à son honneur, Et tout autre pouvoir céder à sa puissance.
On voit beaucoup de Roys, qui sont grands d'apparence : Mais nul, tant il soit grand, n'aura jamais tant d'heur De pouvoir à la vostre égaler sa grandeur : Car rien n'est après Dieu si grand qu'un Roy de France.
Puis donc que Dieu peult tout, et ne se trouve lieu Lequel ne soit encloz sous le pouvoir de Dieu, Vous, de qui la grandeur de Dieu seul est enclose,
Elargissez encor sur moy vostre pouvoir,
Sur moy, qui ne suis rien : à fin de faire voir
Que de rien un grand Roy peult faire quelque chose.
JOACHIM DU BELLAY