L'OLIVE
Je ne quiers pas la fameuse couronne, Sainct ornement du Dieu au chef doré, Ou que du Dieu aux Indes adoré Le gay chapeau la teste m'environne.
Encores moins veulx-je que Ion me donne Le mol rameau en Cypre décoré :
Celuy qui est d'Athènes honoré, Seul je le veubc, et le Ciel me l'ordonne.
O tige heureux, que la sage Déesse En sa tutelle et garde a voulu prendre, Pour faire honneur à son sacré autel '
Orne mon chef, donne moy hardiesse De te chanter, qui espère te rendre Egal un jour au Laurier immortel.
Loyre fameux, qui ta petite source Enfles de maintz gros fleuves et ruisseaux, Et qui de loing coules tes cleres eaux En l'Océan d'une assez vive course :
Ton chef royal hardiment bien hault pousse Et apparo^»^ entre tous les plus beaux, Comme un thaureau sur les menuz troupeaux, Quoy que le Pau envieux s'en courrousse.
Commande doncq' aux gentiles Naiades Sortir dehors leurs beaux palais humides Avecques toy, leur fleuve paternel.
Pour saluer de joyeuses aubades Celle qui t'a, et tes filles liquides, Déifié de ce bruyt éternel.
Tout ce qu'icy la Nature environne, Plus tost il naist, moins longuement il dure. Le gay printemps s'enrichist de verdure, Mais peu fleurist l'honneur de sa couronne.
L'ire du ciel facilement étonne
Les fruicts d'esté, qui craignent la froidure :
Contre l'hiver ont l'ecorce plus dure
Les fruicts tardifs, ornement de l'autonne.
De ton printemps les fleurettes seichées Seront un jour de leur tige arrachées, Non la vertu, l'esprit et la raison.
A ces doulx fruicts, en toy meurs devant l'aage, Ne faict l'esté ny l'autonne dommage, Ny la rigueur de la froide saison.
Divin Ronsard, qui de l'arc à sept cordes Tiras premier au but de la mémoire Les traictz aelez de la Françoise gloire, Que sur ton lue haultement tu accordes.
Fameux harpeur et prince de noz odes, Laisse ton Loir haultain de ta victoire, Et vien sonner au rivage de Loire De tes chansons les plus nouvelles modes.
Enfonce l'arc du vieil Thebain archer, Ou nul que toy ne sceut onq' encocher Des doctes Sœurs les sajettes divines.
Porte pour moy parmy le ciel des Gaulles Le sainct honneur des nymphes Angevines, Trop pesant faix pour mes foibles épaules.
Ores qu'en l'air le grand Dieu du tonnerre
Se rue au seing de son épouse amée,
Et que de fleurs la nature semée
A faict le ciel amoureux de la terre :
JOACHIM DU BELLAY
Or' que des ventz le gouverneur desserre Le doux Zephire, et la forest armée Voit par l'épaiz de sa neuve ramée Maint libre oiseau, qui de tous coûtez erre
Je vois faisant un cry non entendu Entre les fleurs du sang amoureux nées Pasle, dessoubz l'arbre pasle étendu :
Et de son fruict amer me repaissant,
Aux plus beaux jours de mes verdes années
Un triste hiver sen' en moy renaissant.
Si nostre vie est moins qu'une journée En l'éternel, si l'an qui faict le tour Chasse noz jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née,
Que songes -tu, mon ame emprisonnée ?
Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour, Si pour voler en un plus cler séjour, Tu as au dos l'aele bien empanée ?
La, est le bien que tout esprit désire, La, le repos ou tout le monde aspire, La, est l'amour, la, le plaisir encore.
La, ô mon ame au plus hault ciel guidée !
Tu y pouras recongnoistre l'Idée
De la beauté, qu'en ce monde j'adore.