‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 46 sur 48 · FRAGMENT DE L'ANTIGONE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE L'ANTIGONE

CREON

Toy, toy, qui tiens penchant la teste contre bas, Dy, le confesses-tu ou nïes-tu le cas?

ANTIGONE

J'avoue l'avoir fait et je ne le vous nïe.

CREON

Quant est de toy, va t'en où tu auras envie, Absoust de ce forfait. Toy, qui as fait l'offense, Dy moy sans delaier, sçavois tu la def f ense ?

ANTIGONE

Ouy, je la sçavois, et chacun comme moy.

CREON

Et tu as bien osé faire contre la loy.

ANTIGONE

Aussi n'étoit-cc pas une loy, ni donnée

Des Dieux, ny saintement des hommes ordonnée.

Et je ne pensoy pas que tes loix peusscnt tant

Que toy homme mortel tu vinses abatant

Les saintes loix des Dieux, qui ne sont seulement

Pour durer aujourd'hui, mais éternellement :

Et pour les bien garder j'ay mieux aimé mourir

Que, ne les gardant point, leur courroux encourir ;

Et m'a semblé meilleur leur rendre obéissance

Que de creindre un mortel qui a moins de puissance.

Or si davant le temps me faut quitter la vie,

Je le comte pour gain n'ayant de vivre envie.

Car qui ainsi que moy, vit en beaucoup de maux,

Que pert-il en mourant sinon mille travaux !

Aussi ce ne m'est pas une grande douleur

De mourir, pour sortir hors d'un si grand malheur ;

Mais ce m'eust bien été un plus grand dcconfort,

Si, sans point l'inhumer, j'eusse laissé le mort.

Duquel j'étois la sœur, fille de mesme mère :

Mais, l'ayant fait, la mort ne me peut estre amere.

Or si tu dis que j'ay folement fait l'offense,

Encor plus folement tu as fait la deffence.,.

J.-A. DE BAIF

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