AMOUR DÉROBANT LE MIEL
Le larron Amour
Deroboit un jour
Le miel aux ruchettes,
Des blondes avettes,
Çui leurs piquans drois
En ses tendres doigs
Aigrement fichèrent.
Ses doigs s'en enflèrent ;
A ses mains l'enfant
Grande douleur sent,
Dépit s'en courrouce :
La terre repouce,
Et d'un léger saut
n s'élance en haut
Et vole à sa mère,
L'orine Cytere
Avec triste pleur
Monstrer sa douleur
Et faire sa plainte :
« Voy (dit-il) l'ateinte
Qu'une mouche fait;
Voy combien meffait
Une bestelette
Qui si mingrelette
Fait un mal si grand. »
— « De mesme il t'en prend
(Venus luy vint dire
Se prenant à rire) ;
Bien qu'enfantelet
Tu sois mingrelet,
Tu ne vaux pas mieux :
Voy quelle blessure
Tu fais qu'on endure
En terre et aux cieux. »