‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 47 sur 48 · AMOUR DÉROBANT LE MIEL · texte numérisé non relu

AMOUR DÉROBANT LE MIEL

Le larron Amour

Deroboit un jour

Le miel aux ruchettes,

Des blondes avettes,

Çui leurs piquans drois

En ses tendres doigs

Aigrement fichèrent.

Ses doigs s'en enflèrent ;

A ses mains l'enfant

Grande douleur sent,

Dépit s'en courrouce :

La terre repouce,

Et d'un léger saut

n s'élance en haut

Et vole à sa mère,

L'orine Cytere

Avec triste pleur

Monstrer sa douleur

Et faire sa plainte :

« Voy (dit-il) l'ateinte

Qu'une mouche fait;

Voy combien meffait

Une bestelette

Qui si mingrelette

Fait un mal si grand. »

— « De mesme il t'en prend

(Venus luy vint dire

Se prenant à rire) ;

Bien qu'enfantelet

Tu sois mingrelet,

Tu ne vaux pas mieux :

Voy quelle blessure

Tu fais qu'on endure

En terre et aux cieux. »

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