MONOLOGUE D'HAMLET
Je ne sais que résoudre... immobile et troublé... C'est rester trop longtemps de mon doute accablé; C'est trop souffrir la vie et le poids qui me tue. Eh! qu'offre donc la mort à mon âme abattue? Un asile assuré, le plus doux des chemins. Qui conduit au repos les malheureux humains. Mourons! que craindre encor quand on a cessé d'être? La mort... c'est le sommeil... c'est le réveil peut-être! Peut-être... Ah! c'est ce mot qui glace, épouvanté, L'homme au bord du cercueil par le doute arrêté. Devant ce vaste abîme il se jette en arrière. Ressaisit l'existence, et s'attache à la terre. Dans nos troubles pressants qui peut nous avertir Des secrets de ce monde où tout va s'engloutir? Sans l'effroi qu'il inspire, et la terreur sacrée Qui défend son passage, et siège à son entrée, Combien de malheureux iraient dans le tombeau. De leurs longues douleurs déposer le fardeau ! Ah ! que ce port souvent est vu d'un œil d'envie Par le faible agité sur les flots de la vie! Mais il craint dans ses maux, au delà du trépas, Des maux plus grands encore, et qu'il ne connaît pas. Redoutable avenir, tu glaces mon courage ! Va, laisse à ma douleur achever son ouvrage.
(HA.MLIIT, acte iT, se. 1.^