‹ Les poètes de la SavoieChapitre 24 sur 89 · LA ROSE · texte numérisé non relu

LA ROSE

Tu le disais hier à la rose des bois.

Et peut-être demain le lis et Taubépine

Recevront à leur tour, pour la première fois,

Le serment que tu fis à la pauvre églantine!...

Ami, si jeune encore, écoute mes avis.

Ils donnent le bonheur quand ils sont bien suivis :

Brûle tes ailes, si tu l'oses; Tu seras moins brillant et bien moins merveilleux. Mais tu seras constant et Ton t'aimera mieux. Adieu, mon bel ami, médite sur ces choses... — Oui, j'en profiterai, lui dit le papillon: Sion peut profiter de la même leçon.

(ihboit)

Ecoutez bien , Monsieur ; tel qu'un nouveau bailly, Rendez -vous gravement au pont de Rumilly, Et tâchez, s'il vous plaît, d'y trouver une fille Qui soit douce, posée, adroite, fort gentille, Ni de grande beauté , ni laide à faire peur, Pas trop grosse surtout : voilà pour l'extérieur. Aimant peu les plaisirs, et pas du tout les hommes! Sur ce chapitre-là vous savez qui nous sommes; Et vous seriez perdu si nous voyions un jour Allumer nos charbons avec le feu d'amour... Du reste, sachant faire un fort bon ordinaire, Sans exiger pourtant rien d'extraordinaire ; Dévote sans excès, fidèle comme l'or!

Enfin , ce que partout on appelle un trésor. Si vous pouvez trouver une telle merveille , Qui joigne à ses talents de n'être pas trop vieille, Vous pouvez l'amener, et nous la recevrons Malgré la grande coiff'e et les deux ailerons.

HYACINTHE THIOLLIER

Hyacinthe ThioUier naquit en J800 à Rumilly, où son père, Claude- Humbert Tliiollier, exerça l'emploi de juge de paix de l'an IX à l'an XII de la République.

Hyacinthe Thiollier, après avoir fait de brillantes études au collège de sa ville natale , embrassa la carrière militaire et fut garde -duc'orps du roi de Sardaigne Charles- Félix. Après la mort de ce souverain, auquel Charles -Albert succéda en i 851 , il rentra en Savoie et se retira ù Chambéry où il mourut en 1845.

Ainsi, le rôle militaire de Thiollier ne fut ni brillant ni de longue durée : il ne put être brillant parce qu'à cette époque de calme politique la vie de garnison étouffait tout élan

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chez les officiers les plus méritants ; il ne fut pas de longue durée, précisément parce que Tliiollier se fatigua bientôt de cette inaction désespérante, qui portait souvent les meilleurs à noyer dans les excès les ennuis qui accompagnent le désœuvrement : et Thiollier, plus que tout autre , supportait péniblement le poids de cette existence étroitement bornée par le cabaret et la caserne ; avec son esprit élevé, auquel par goût naturel il avait donné une certaine culture, il se sentait mal à l'aise sous l'habit du soldat de parade.

Le garde -du -corps déposa donc l'épée pour prendre la plume. Patriote avant tout, comme le sont tous ses concitoyens , Thiollier consacra son talent à chanter la Savoie, et il publia, en 1858, un poème intitulé V Indicateur savoisien, dans lequel il entreprit de faire la description de son pays natal.

Si la critique peut avoir beaucoup à reprendre dans l'œuvre de Thiollier, elle doit toutefois constater que l'auteur, souvent avec succès, y a déployé beaucoup d'imagination et qu'il y a fourni la preuve d'un patriotisme ardent qui doit couvrir en partie les défauts que l'on y rencontre.

Il est à regretter que Thiollier ait donné à son travail un titre qui lui a nui beaucoup,

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parce qu'il exclut tout d'abord l'idée poétique. Pour une œuvre écrite en prose , ce titre eût été bien choisi; mais, adapté à un poème, il fait ombre au tableau. L'enseigne trop souvent fait le succès du livre , car la masse juge d'ordinaire par les yeux, et plus d'une œuvre médiocre a joui d'un certain succès parce que sur la couverture du volume s'étalait un titre pompeux.

Nous croyons donc que l'œHivre de Thiollier mérite plus de considération qu'on ne. lui en a accordé jusqu'à ce jour. On y trouve quelques descriptions charmantes des paysages alpestres; et lorsque l'auteur chante son pays bien, aimé, des élans remarquables de vigueur partent de son cœur généreux, et viennent communiquer à l'esprit du lecteur cette noble exaltation patriotique qui est le partage des populations montagnardes.

Thiollier envoya son poème à Silvio Pellico, qu'il avait connu en Italie ; le célèbre auteur des Prisons le remercia de son envoi par une lettre affectueuse, qui finissait en ces termes : « J'aime la Savoie, pays de l'excellente mère que j'ai eue, et je souhaite que ce noble pays ait en vous un digne poète, qui contril)uc à sa gloire. »

Si Thiollier n'a pas contribué à la gloire de la Savoie avec éclat, comme semblait l'espérer

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l'illustre écrivain italien, il a du moins apporté son modeste concours à l'œuvre de la réhabilitation de sa patrie, et mérité ainsi notre reconnaissance.

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