L'OURAGAN DANS LES ALPES
Mais le soleil pâlit ; la nuit triste s'avance ; Le vent souffle plus fort ; la tourmente commence ; Le ciel s'abaisse sombre, et son manteau cendré Par réclair sulfureux coup sur coup déchiré. Comme un linceul de mort enveloppe le faîte Des rochers ébranlés des coups de la tempête. Lâche brigand des monts, le loup hurle la faim ; En cercles inégaux au-dessus de sa proie. L'autour au bec d'acier rapidement tournoie ; Les échos sont troublés d'un bruit sourd et lointain; La montagne se perd dans la brume épaissie ; A chaque nouveau bond l'avalanche grossie Gronde, tombe et s'éboule; au niveau du chemin. Comblé de ses débris, s'élève le ravin. Le voyageur s'égare ; il ne voit plus sa route ; La neige l'éblouit; il craint, s'arrête et doute; Le froid crispe ses traits; le froid acre et cuisant Consume ses poumons et lui glace le sang. Tout son corps se roidit et sa tête délire; Las d'implorer le ciel et las de le maudire, Il succombe; et déjà, sans cesser de souffrir, D'un sommeil léthargique il s'endort pour mourir. Cependant vers sa tombe une pâle lumière Brille et s'avance; au loin l'airain de la prière
i56 HYACINTHE THIOLLIER.
Sonne plaintif et lent ; au sein de ces déserts C'est pour le pèlerin le timbre de la vie; C'est la voix de l'espoir qui vibre dans les airs. De la pointe d'un roc, un homme appelle et crie. La tenipète redouble ; à ses longs sifllements Un chien de loin en loin mêle ses aboiements. Façonnant son instinct sur le cœur de son maître. Cet animal hardi qu'un autre ciel vit naître, De ces monts orageux chasseur intelligent, Bientôt a découvert, à la faveur du vent, Le voyageur mourant sous des monceaux de glace. Un enfant de Bernard, accouru sur sa trace. Saisit le malheureux, l'emporte dans ses bras. L'échauffé de sa vie et l'arrache au trépas. Des Alpes bénissant le gardien tutélaire. Le voyageur sauvé pour ses fils ou sa mère. Répète à son retour les hymnes incessants Qu'en l'honneur de Bernard redit la voix sincère De neuf siècles reconnaissants.
(L'IVDICATSUft •ATOISIBW, lÎT. I.)