LE SAVOYARD
Sur ce penchant neigeux, où, près de sa compagne Qui lui garda sa foi, que lui-même à son tour
Paya de son constant amour, Le Savoyard revient mourir sur sa montagne. Pourquoi le montagnard aime- 1- il mieux ses monts Que l'heureux citadin n'aime ses beaux vallons? D'où lui vient ce désir qui partout l'accompagne? Oh! c'est que sur nos monts l'homme est plus près des cieux ,
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Son âme est plus forte et plus pure ; Il trouve un horizon conforme à sa nature. Aussi grand que son cœur, aussi myst«'*rieux : Reculant à son gré son immense courbure,
Il peut, sans jamais le franchir.
Toujours et toujours l'agrandir.
L'homme est roi sur nos monts ; il combat la tempête ; 11 lutte avec les flots, et s'assied sur le faîte Du pic où sans effroi l'habitant des cités Jamais ne peut fixer ses yeux épouvantés.
Cet enfant des rochers qu'endurcit la misère.
Que l'eau de neige désaltère ; Le pauvre montagnard que nourrit un pain noir. Que la fatigue endort et que la faim réveille A l'heure où, de retour de ses plaisirs du soir. Le riche citadin à peine encor sommeille ;
Cet homme en qui nous croyons voir
Le paria de la nature, Aimant et servant Dieu, chéri de ses enfants ; Cet homme au bras nerveux, à la haute stature. Dans sa froide cabane, en butte à tous les vents. Est plus heureux que nous, car il n'a pas nos vices. S'il ignore la vie et ces molles délices ; S'il ne boit pas dans l'or l'ivresse et le remords ; S'il n'a pas de palais ; s'il n'a pas de trésors A payer ses excès, à lasser ses caprices; Et s'il ne roule pas dans des tissus soyeux Ses membres desséchés aux flammes de l'orgie; S'il n'a pas de flatteurs, fabricateurs d'aïeux Qui chargent de quartiers sa généalogie ; S'il n'a point de passé, s'il n'a pas d'avenir; Et s'il n'a rien enfin qui grandisse sa taille. Un pli de rose au moins sur sa couche de paille
Ne l'empêche pas de dormir.
HYACINTHE THIOLLIER. i59
L'épouse de son choix est fidèle ; et sa fille Joint la gaieté du cœur au modeste maintien ; 11 ne déroge pas; toujours dans sa famille Le fils de Thonnète homme est un homme de bien.
(L'Imdicateur satoisi», iiv. m.)
La Savoie en son sein, pour des jours glorieux, Nourrit encor des fils dignes de leurs aïeux. Sparte perd ses vertus en perdant sa rudesse ; Athènes se corrompt au sein de la mollesse : Plus simple que les fleurs qui parent ses vallons, Plus ferme en ses desseins que le pied de ses monts. Femme aux mâles appas, à la puissante étreinte, Ma patrie est encor la même qu'autrefois; Elle hait le mensonge , elle abhorre la feinte :
Aussi, félons, méchants et discourtois,
Ne croyez pas de votre main impure Pouvoir impunément dénouer sa ceinture.
Pour céder sans vider son carquois tout entier, Son cœur bondit trop fort dans son sein d'Amazone; Pour jeter son fardeau sur le rude sentier. Trop de sang généreux dans ses veines bouillonne. Au grand jour, en champ -clos, du combat sans quartier, Du tournois par amour, choisis.sez avec elle. Comptant sur le second qui venge sa querelle, On ne la vit jamais en lâche chevalier Dont le corps énervé fléchit sur fétrier, Pendre sa lourde armure à TarrDn de sa selle.
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Donnez -lui des plaisirs sans honte et sans remords :
Comme le Lapithe farouche , L'imberbe Sybarite est banni de sa couche ; Elle ne descend point à de honteux transports. Le vil lui fait pitié, le Thrace l'effarouche. Elle aime les amours réchauffant la valeur, Qu'inspire la vertu, que commande l'honneur. Et qu'emporte la tombe. Il n'est pas dans sa bouche D'aveu d'aimer toujours, s'il n'est pas dans son cœur. Comme autrefois encor lui plaît la courtoisie , Les odorantes fleurs de fraîche poésie, De son parler sans fard la naïve candeur. Son franc laisser -aller, sa simple bonhomie, Les égards empressés et la parole amie Qui réveille la joie et berce la douleur. Mais elle aime surtout les fêtes de famille. Et ces jeux où parfois l'aïeule en cheveux blancs Redit le rôle fou qu'elle fit à vingt ans.
(L'iHDICATlUk S&TOISIIV, lÏT. VI.)