MON PORTRAIT
Sans le prévoir, Jean -François fut auteur. La tragédie eut pour lui mille charmes. Trop loin peut-être il porta la terreur Et la pitié , douce source de larmes.
De père en fils Allobroge il était.
Vers ses rochers, poétique héritage.
Un vif instinct, certaine humeur sauvage. Dans ses chagrins fortement l'appelait.
Simple, mais fier, pour lui ce monde étrange Ou l'attristait, ou n'offrait rien de beau; Il se sentait, par un confus mélange, Doux ou terrible, ou torrent ou ruisseau; Même lion , dans sa brusque colère , 11 secouait quelquefois sa crinière.
Et tout à coup redevenait agneau.
Né pour l'amour et la mélancolie.
Grave et rêveur il fut dès son berceau ; Il se plaisait à l'aspect d'un tombeau ,
A» jour mourant d'un funèbre flambeau; Il rinvoquait, et sa mère attendrie, Craignant son cœur, trembla pour son cerveau. Il a parfois semé dans ses ouvrages De petits riens, de jolis badinages. Parfois bons vins, bons mots, jolis repas. Gentils minois, égayaient son visage.
Son cœur ardent lui dictait son langage. Le sexe aimable eut pour lui tant d'appas. Qu'en le craignant il lui rendit hommage. Ce cœur surtout aima la vérité.
Rarement triste, et souvent attristé.
Plus d'un malheur exerça son courage.
Plus d'un chagrin sa sensibilité.
X^ Sage, il aima la sage liberté.
Il détestait plus que tout l'esclavage.
Vieux, sa vieillesse eut l'esprit de son âge. Pour des monts d'or il n'eût point fait un pas. Pour lui détour, ruse, était lettre close : De toute intrigue il vécut ennemi.
Trop peu de temps, dans la plus douce chose Il fut heureux! Thomas fut son ami.
66 JEAN -FRANÇOIS PUCIS.