SUR LB MARIAGE DU PRINCE DE PIÉMONT AVEC CLOTILDE DE FRANCE
(FRAGMENTS
Je marche ; un doux penchant vers le hameau m'attire.
0 champs semés de fleurs! 0 fertiles ruisseaux!
Fontaine, où vont le soir s'abreuver les troupeaux,
Salut! Je vous vois donc, innocente prairie.
De mes simples aïeux vénérable patrie!
0 mon père! c'est là que tu reçus le jour *.
C'est là que ton berceau, que ton premier séjour
De ta présence encor me rappelle les charmes.
De mon deuil éternel reçois ici les larmes.
Que je rends grâce au ciel qui, sage en ses faveurs.
M'a laissé pour tous biens et ton sang et tes mœurs!
Mon cœur formé du tien, plein de ta chère image.
S'arrête avec transport sur ce doux paysage.
Que j'aime à voir de loin ces bœufs du joug lassés.
Vers leurs tranquilles toits traînant leurs fronts baissés!
* iMa famille, tnnt du côté pafornol que maleniel, est de temps immémorial élablie en Savoie. Mon père, un des plus vertueux hommes qui soient sortis de ces montagnes, ne pouv ,it me parler du roi Emmanuel, son souverain, qu'avec des larmes d'admiration et de tendresse. On connaît le caractère de celte nation (Idèlc, simple et laborieuse, et sou antique attachement pour sa religion et pour ses maîtres.
(Note de Dueis.)
La nuit vient. J'aperçois au travers de ses voiles, Rayonner dans les deux Tor tremblant des étoiles. Astres, conduisez -moi vers cet humble séjour. Où rhomme oublie en paix les fatigues du jour! J'approche. Sous le chaume une famille antique Environne gaiement une table rustique Que ne façonna point Téquerre ou le compas. La concorde, Tamour préside à leurs repas. Dans leurs ris ingénus tout leur cœur se déploie. Et déjà quand Bacchus, par sa naïve joie, A du front paternel déridé les replis , L'air modeste et baissé , se lève Amaryllis : « Mon père, dès longtemps (j'ose enfin vous le dire) « Damon que vous aimez, Damon pour moi soupire; « Dès la plus tendre enfance, au pied de ces coteaux, « L'un près de l'autre assis, nous gardions nos troupeaux. « Daignez permettre enfin que l'hymen nous unisse. « Voici pour de tels nœuds le jour le plus propice. « Un roi qui nous chérit vient soulager nos maux ; « Il veut que son bonheur s'étende à nos hameaux, « Que le travail des champs au peuple soit utile, « Que la terre à nos bras ouvre un sein plus fertile. « Que nous manquera- t-il dans notre heureux séjour? « Nous y trouverons tout, l'abondance et l'amour. « De nos chastes soupirs bénissez l'innocence. »
0 rois! Des immortels noble et visible image.
Le monde est à vos pieds , méritez son hommage.
Le sang a trop coulé. Devenez à la fois
Nos guides par les mœurs, nos maîtres par les lois.
Quels biens vous ont produits les champs de la victoire?
Do stériles lauriers , une coupable gloire.
Voici des jours nouveaux. I.e fer doit désormais. Instrument créateur, n'ouvrir que des guérets. Le commerce, les arts, une heureuse industrie, Vont par mille canaux féconder la patrie. Ces essaims diligents, qui peuplent nos vallons, Ne plaindront plus leur miel dévoré des frelons. Souverains bienfaisants, hâtez ces jours prospères. C'est peu d'être nos rois, soyez aussi nos pères. Le bonheur renaîtra sous nos toits vertueux ; L'Amour sera plus pur, l'Hymen plus fructueux. L'homme aimera par vous le sol qui l'a vu naître ; Et le soir, retournant sous leur abri champêtre, Riches de leurs travaux , nos vieillards attendris Béniront, en pleurant, Amédke et Louis.