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LES DEUX ANGES

On dit que deux fils de lumière Président à chaque destin :

L'un à la fin de la carrière, Comme l'autre à notre matin;

Se reposant sur la montagne, Au déclin de l'astre des cieux , Sur la verdoyante campagne, Deux anges promenaient leurs yeux.

Le premier sourit à la vie, Le second préside au trépas ; Celui-ci voit d'un œil d'envie Son frère, et se plaignant tout bas :

« Ah! dit-il, de mon ministère Combien souffre mon cœur aimant!

En ce jour encor de la terre Je dois ravir un ornement.

« Souvent, au milieu d'une fête, Je pris à sa famille en pleurs Celle (|ui de riantes Heurs Venait de couronner sa tôle.

« Mais Mon i me est en son printemps; Nulle comme elle ne fut pure; Son innocence est la parure De son visage de quinze ans.

« Doux lis de candeur, elle ignore La vie et ses déceptions ; Son cœur naïf est vierge encore De désirs et de passions.

« Hélas! je n'ai pas le courage De frapper un coup si fatal !

Si belle!... si jeune!... si sage!...

Je pleure... oh! cela me fait mal. »

Mais range de vie : « 0 mon frère, Frappe ! c'est un coup précieux; Ange elle était sur cette terre, Ange elle sera dans les cieux !

« Eh quoi ! tes yeux versent des larmes. Ne retarde pas son bonheur ! La terre est un séjour d'alarmes.

La mort seule rend au Seigneur!

« Plus tard elle eût été flétrie; Mais, moissonnée avant le temps, Elle n'a vu que le printemps Des tristes saisons de la vie. »

Il dit ; range de mort joyeux Va cueillir la charmante rose...

Ne pleurons pas !.. . son corps repose. . . Et sa belle âme monte aux cieux!...

Tandis que, franchissant la nue, L'enfant s'envole vers Sion , J'allai, moi qui l'avais connue, Visiter sa blanche maison.

Je vis partout douleur amère...

Des amis pleurant sur son sort , Disant : Pauvre enfant!... quelle mort!

Pour moi je pensai : Pauvre mère !

Gaston de Chaumont.

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