‹ Les poètes de la SavoieChapitre 84 sur 89 · QUATRE-VINGT-TREIZE ET MIL HUIT CENT QUARANTB-HUIT AUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-TREIZE ET MIL HUIT CENT QUARANTB-HUIT AUX FRANÇAIS

A ia prise des Toileries, le peuple trouva dans la chapelle un magnifique Christ sculpté. Le peuple s'ai*rêta et salua. « Mes amis, dit on élève de l'école, voilà « notre maître à tons. »

Le peuple prit le Christ et le porta solennellement à l'église de Saint-Rocli. « Citoyens, chapeau bas! Saluez le Christ, » disait le peuple; et tout le monde s'inclinait dans un sentiment religieux.

(La Presse, n* do 27 février 1848.)

Encore une leçon! encore un roi tombé!

Un aïeul tout blanchi qui va le dos courbé Sous le poids de l'exil , loi fatale et sévère ! ' Demander un asile à la terre étrangère. Peuples, laissez passer! laissez -les, laissez -les De Texil à pas lents parcourir les relais. A ces hautes douleurs n'ajoutons pas l'outrage. Que pas un mot amer n'afflige leur passage ! Ilélas ! d'assez de fiel leur calice est rempli ! Paix sur eux maintenant, pardon, silence, oubli !

Oh! que ce peuple est grand et beau dans sa vengeance! Jusque dans sa fureur brille l'intelligence. — Quand on ose attenter à ses droits les plus chers; Quand un pouvoir aveugle et frappé de folie

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Croit les bras de ce peuple et son âme engourdie, Au point de méditer de lui donner des fers ;

Quand on laisse abaisser le grand nom de la France,

Quand on laisse tomber, ô lâche tolérance!

Le sceptre de l'Europe aux mains de l'étranger ;

Quand on laisse crier, au despotisme en proie,

Tous ces peuples martyrs qu'on mutile et qu'on broie,

Qui meurent en disant : « France , viens nous venger !

Ce peuple alors s'éveille, il s'indigne, il se lève! Tout pavé devient arme et tout fer devient glaive. Comme un jouet un trône éclate sous sa main. Il lui suffit d'un jour de combat dans la rue Pour replacer la France, hier encor déchue, A la tête du genre humain !

Puis, quand tout est fini, quand il s'est fait justice,

Il s'en va glorieux de^quelque cicatrice.

Le visage de sang et de poudre terni ;

Et, sans songer qu'il vient de remuer le monde.

Il rentre en son repos et dans sa nuit profonde.

Comme un sublime acteur dont le rôle est fini.

Peuples, n'écoutez pas ces détracteurs parjures Qui, dans l'ombre semant leurs stupides murmures. N'ont pas encor compris que le peuple a des droits, Et, pour jeter l'effroi dans les âmes timides. Vont sans cesse évoquant, dans leurs discours perfides. Le spectre de nouante -trois.

Non , non , ne croyez pas ces bouches mensongères.

Ces jours sont loin de nous, ces jours qu'ont vus nos pères,

320 EDOUARD PIAGET.

Où de la France on vit les fils s'entr'égorger ! Epoque dont Thorreur épouvanta le monde ! Et qui fut cependant si grande et si féconde Qu'on ose à peine la juger;

Ces jours, où Ton traînait les martyrs au supplice, Où sur la terre avait cessé le sacrifice. Où Dieu, proscrit partout,- n'avait aucun abri; Où, jusqu'au sanctuaire osant porter l'outrage.

L'impie, en son aveugle rage.

Reclouait de nouveau le Christ au pilori !

Ces jours sont loin de nous! — laissons -les à l'histoire. Qui pèse en sa balance et le crime et la gloire. Quant à nous, saluons, peuples, avec bonheur, La jeune Liberté, la Liberté nouvelle.

Qui du ciel aujourd'hui descend, vierge immortelle. Prenant pour piédestal les autels du Seigneur.

Oh! non, plus de crainte inutile!

L'avenir s'ouvre pur et beau.

Les Marat, les Fouquier-Tinville, Ne sortiront pas du tombeau.

Plus d'échafaud, plus de victimes!

La Liberté, pure de crimes.

Féconde en dévouements sublimes, Sur le monde reconnaissant Lève son sceptre pacifique.

Et , comme sa sœur d'Amérique , N'a pas sur sa blanche tunique Une seule tache de sang.

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On respecte le sanctuaire, Et, comme toujours, vers le ciel Fume fencens de la prière ; Le prêtre en paix monte à l'autel , Plus de blasphème au culte antique; Nous avons vu, spectacle unique!

La lutte d'un peuple héroïque.

Lion terrible dans le feu!

Qui, modéré dans sa victoire, Exemple auguste pour l'histoire !

Sachant ce qu'il doit à sa gloire, Sait aussi ce qu'il doit à Dieu !

Quand l'émeute aux bruits sourds , qui ne sort des ténèbres Que lorsque le tocsin roule ses glas funèbres, — Comme un dogue effrayant vient au signal compris, — Quand l'émeute, sortant naguère de son ombre, Déroulait ses anneaux tortueux et sans nombre. Le long des faubourgs de Paris ;

Quand à ce cri fatal du peuple : « Aux Tuileries! » On voyait fuir le long des hautes galeries , Roi, princes éperdus, courtisans et valets; Et que, plein de rumeurs, l'océan populaire, Tumultueux, terrible, écumant de colère, Montait les marches du palais ;

Quand la foule, inondant les somptueuses salles. Brisait, dans sa fureur, les dépouilles royales. Chefs-d'œuvre d'art, lambris dorés, meubles sans prix, Et trône et sceptre d'or dévoués à riujure... Comme pour outrager la royauté |)arjure Jusque dans ses derniers débris !

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Du Christ, Dieu du pardon, Tauguste et sainte image Apaisa les transports de cette aveugle rage , Comme un flot en courroux soudain pacifié. Et ce peuple, au milieu de son œuvre acharnée, Tombait à deux genoux, la tête prosternée. Devant le Dieu crucifié !

A ce spectacle , on vit les sinistres nuages Qui sur la France en deuil suspendaient leurs orages. Du ciel rasséréné disparaître et s'enfuir ; Et , soudain consolé , Tange de Tespérance Etendit de nouveau ses ailes sur la France Pour Tadmirer et la bénir!

Oh ! que ce peuple est grand et beau dans sa vengeance ! Jusque dans sa fureur brille Tintelligence. Implacable et terrible à venger un affront. Il n'est pas de tyran ni de joug qui le dompte. Ce n'est que devant Dieu, que, sans crainte et sans honte Il croit devoir courber le front !

Cliambéry, mare 1848.

Edouard Piaget.

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