‹ Les poètes de la SavoieChapitre 86 sur 89 · LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

LA TEMPÊTE

L'horizon s'obscurcit , le vaste Océan gronde. Du rougeâtre lointain des pôles ébranlés. Les nuages tonnants roulent amoncelés.

Des bords cimmériens le terrible génie Aborde, en rugissant, la flotte réunie.

Son front, ceint de frimas, s'élève jusqu'aux cieux; Une flamme électrique étincelle en ses yeux ; Au fond de l'Océan ses pieds touchent la terre. Son regard, c'est l'éclair; sa voix, c'est le tonnerre; Son cortège, la foudre et les noirs ouragans. L'effroi des nautoniers et l'espoir des vaguants ! Dans son ardent courroux le colosse s'écrie : « Téméraires mortels, redoutez ma furie ! Profanes, croyez-vous, enflés d'un vain succès. Vous ouvrir en ces mers un si facile accès? Bientôt vous apprendrez, insensés Argonautes, Que jamais on insulte impunément ces côtes. Oui , seul j'ai sur ces mers l'empire du trident ; J'en interdis l'abord aux peuples d'Occident. De mes ordres sacrés redoutables ministres , Tromlies, grMe, ouragans, vagues, typhons sinistres. Engloutissez soudain dans vos noirs tourbillons Cette flotte insolente et ses vains pavillons. » 11 dit : du sein de l'onde un effroyable gouffre Vomit des flots ardents de bitume et de soufre.

326 J.-B. TRÉSAL.

S'élevant jusqu'au ciel, ce déluge enflammé Tombe en gerbes de feu sur les vaisseaux d*Amé. L'air siffle avec fracas à travers les cordages; Les lames en courroux font gémir les bordages ; Les voiles , les haubans , les vergues , les huniers , Frappent de leurs débris les pâles mariniers. En sillonnant au loin les ténèbres profondes, Le serpent des éclairs semble embraser les ondes , Et servir aux Croisés de funèbre flambeau , Qui leur montre Tabîme et Thorrear du tombeau. Tout tremble ; Amé lui seul, sublime caractère! Grand comme le danger, pieux, rien ne Tatterre. Cependant un prélat, calme, ardent de ferveur, Incliné sur l'hostie, implore le Sauveur. Le ciel s'ouvre à sa voix , et du saint sacrifice Sa prière s'élève aux pieds d'un Dieu propice. Sa bouche a prononcé le mot sacramentel ; Le pain n'est plus ; le Verbe est présent sur l'autel. 11 exauce son prêtre. Ouragans, mers, silence! Vagues, trombes, typhons, tombez en sa présence! Soudain le roi du jour, sous le ciel le plus pur. Montre son sceptre d'or sur son trône d'azur. Aux cris de désespoir, de terreur, de détresse. Succède un doux élan de pieuse allégresse. L'armée avec transport rend grâce à l'Eternel ; La voix des flots s'unit au concert solennel.

J.-B. Trésal.

(L'Amédbidb, poème.)

PIERRE MOXTAGNOUX. 5Î7

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