‹ Les poètes de la SavoieChapitre 87 sur 89 · L'APOTRE DU CHABLAIS FRAGMENTS · texte numérisé non relu

L'APOTRE DU CHABLAIS FRAGMENTS

La nuit avait couvert la plaine de ses ombres , Et le sommeil versait ses baumes enchanteurs : François seul ne peut pas en goûter les douceurs ; Il ne voit et n'entend que des fantômes sombres. Remplissant l'air au loin d'affreux et longs soupirs Qui viennent ajouter au feu de ses désirs...

Enfin, le jour se montre aux rayons de l'aurore, Et François, tout brûlant du feu qui le dévore, Au calice où l'on boit l'oubli de tous les maux, A longs traits a puisé l'amour du sacrifice , Ainsi que les martyrs , au jour de leur supplice , Pour s'assurer la palme aux pieds des échafauds.

Le soleil colorait la cime des montagnes :

La barque du pêcheur fendait l'azur des eaux ;

La brise du matin parfumait les campagnes.

Et l'air retentissait du doux chant des oiseaux :

La nature semblait convier à sa fête ;

Mais l'apôtre était loin d'en goûter la douceur;

Ce Bosphore, si cher aux songes du poète.

N'offrait au cœur du Saint que glaives de douleur.

Du haut du parapet, au cliquetis des armes, François promène au loin des veux baignés de larmes

528 PIERRE MONTAGNOUX.

Il n'aperçoit, hélas! que des débris fumants Où s'agite et triomphe une horde ennemie ; Et son cœur se déchire, et, nouveau Jérémie, 11 fait de ses sanglots échapper ces accents :

« Est-ce donc là, mon Dieu! cette terre si belle? Eh quoi! la voilà donc en proie à Tinfidèle, Elle qui paraissait si prospère autrefois! Les voilà renversés ses reinparts de défense , Parce qu'elle a rompu son antique alliance : Triste et grande leçon aux peuples comme aux rois!

« Jérusalem, ô Chablais, ô Genève, Reviens donc au Seigneur, ta gloire et ton appui! Reviens sans plus tarder! Le jour de grâce a lui.

Soixante ans de malheurs sans trêve, N'est-ce donc pas assez pour t'apprendre aujourd'hui Que ce n'est pas en vain qu'on s'éloigne de lui?... »

Et, comme le Sauveur au jardin des olives. Il ressent l'aiguillon des douleurs les plus vives Et s'abreuve à longs traits dans le calice amer. Une froide sueur découle de sa face ; Ses sanglots étouffés résonnent dans l'espace, Comme le bruit des flots sur les bords de la mer.

Pierre Montagnoux.

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