DAVID RIGAUD
MarcYiaud de drap et poète do la ville do Crest, David Rigaud était de Crupies, petit village des environs de Bourdcaux-sur- Roubion, où il y avait dés ce temps-là
pour un papiste Pour le moins deux cents huguenots.
Il a pris la peine de nous faire connaître le lieu où il vit le jour, mais nous ignorons la date de sa naissance. On sait seulement qu'en 1616 il avait encore quelque jeunesse. Fils d'un ])auvre cardeur de laine, il dut abandonner do bonne heure le loyer natal pour tenter la fortune. Bien lui en prit, car de colporteur qu'il était à son début, courant la campagne, balle au dos et débitant de menues merceries et des fadaises en méchantes riu\es, il devint un négociant possédant pignon sur rue, et un auteur ayant trois recueils de vers chez le libraire. Comment s'opéra ce miracle, on l'ignore; mais ce qu'il y a de certain, c'est que notre homme adjoignit à son premier négoce celui de toutes sortes de gros draps qu'on fabriquait alors dans les montagnes du Diois, et qu'il s'enrichit promptement. Quand il mourut, en mai 16.59, il jouissait de l'estime de ses concitoyens, et l'on peut dire qu'il devait cette estime à ses tahsnts de lyrique autant qu'à ses aptitudes de commerçant. Aussi bien confondait-il les ressources qu'il tirait également des unes et des autres. Sa seule excuse tînt au genre qu'il aborda et qui fie de lui un rimeur à la manière d'Adam Billaut, le menuisier de Nevors. Ses vers se ressentent de son manque de culture, mais ils révèlent une vivacité d'esprit peu commune chez un liomme de sa profession. Ils furent imprimés à Lyon, chez son ami Claude Rivière, et parurent, le premier en 1637, le second en 1635, et le troisième en 1653 '. De ces trois recueils aujourd'hu
1. Les Œuvres poétiques du sieur David Rigaud marchand de Cî-e«^ etc. (Lyon, Cl. Rivière, 11)37, in-12) ; Au^-es Œ livres poétiques,gIc. (ibid., lQ3\i, in-i '2 ); Meciteil des Œuvres poétiques du sieur Jiif/aud, marchand de la ville de Crest en Dauph i/té, avec le Poème delà Cigale autant merveilleux en ses conceptions qu'en sa suite (ibid., 1653, in-12).
recherchés, le deuxième et le troisième sont à peu près introuvables. Le second est môme d'une si insigne rareté que le seul exemplaire connu a fait l'objet d'une réimpression, grâce aux soins de M, Brun-Durand : Antres Œuvres poétiques, etc., accompagnées d'une notice et de notes (Paris, Aubry, 1870, in-12). Insister après cela sur la valeur littéraire de David Rigaud, serait d'autant plus inulile que notre Crestois ne vaut évidemment ni plus ni moins que la plupart des autres poètes de province de son temps. Il fut homme de négoce, et partant mal prédisposé aux belles-lettres, ce qui lui vaut notre indulgence pleine et entière. Ses vers, assez peu châtiés au point de vue de la forme, ont au moins cet unique mérite, dans un temps où l'on se piquait de préciosité, d'être une sorte de manifestation de l'esprit populaire, c'est-à-dire du vieil esprit français. Ne soyons pas plus exigeants qu'il ne Je fut lui-même, et gardons-nous bien de vouloir faire un grand homme de ce gai compagnon qui eut autant de facilité et de bon sens que d'esprit pratique.
BiuLiofiiiAiMiiE. — J. Brun-Durand, David Rigaud, marchand et poète de la ville de Crest, etc., sa famille et son temps; Lyon, 1868, in-8\ — Le même, David Rigaud, etc., et son entourage, Revue Dauphinoise, 15 févr., 15 mars et 15 avril l'JOO.