SUR LE RAVAGE DES EAUX ARRIVÉ
l'an 1651
Monsieur, lu misère du temps A rendu ma veine muette, Et de plus le nombre des ans Me prive du nom de Potito; Je ne suis plus dans ceslo humeur De passer toujours pour rymour, Car il est ches moy tousjours foire ; De sorte <[uo présentement.
L'aune, le poids, et l'escritoire, Sont tout mon divertissement.
Pour bien descrire le detrac, Je n'ay pas le cœur assez inasie, Qu'a fait riscre avec le Drac
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A nosti'e ville capitale;
Et de plus je sçuy que Millet
En dira plus dans un feuillet,
Que non pas moy dans quatre pages,
Car je n'en 8çay([ue ce (ju'on dit,
Mais luy qui voyoit les ravages,
En dressera mieux le récit.
Pour vous dire mon sentiment,
Je ne si^^aurois icy me lairo.
Que c'est un advertissement
A tous les hommes de la terre,
Et que la divine bonté,
Ayant longtemps patienté,
A la fin, comme juste juge,
Par feu doit destruire, ou par eau,
Le monde d'un socoiid déluge,
Pour le refaire de nouveau.
L'Isère a mis de comble à fonds Les forces les plus immobiles, Les digues, les tours, et les ponts.
Avec les murailles des villes, Elle qui, depuis si longtemps, Cliarrioit pour ses habitants Toutes les choses plus propices, A plus fait de mal dans doux jours, Qu'elle n'a rendu de services, Depuis le moment de son cours- Tout fut submergé par les eaux, • Qu'on voyoit à perte de veile.
Si bien qu'on alloit par bateaux Et sur radeaux en chaque rile.
Les chevaux furent estoufFez, Les meubles et vins emportez, Et les habitans pour demeure Furent chassez des lieux plus bas.
Pour n'avoir retraicte plus seure, Que les toicts et les galetas.
Estant environné de l'eau,
Un homme ayant la peur dans l'ùme.
Monta dessus un arbrisseau, Avec ses enfants et sa femme, Les liant au milieu du corps Aux troncs les plus fermes et forts.
Il les laissa cueillir des meures, Souffrant le froid et le danger, L'espace de trente-six heures, Sans jamais boire ny manger.
Pour ne trouver d'autre quartier, Un autre foible dans le monde Sejetta dessus un gerbier, Lequel alloit flottant sur l'onde.
Mais il fut tost par ses sillons, Tantôt dessus, tantôt à fonds, Et celuy qui les eaux gouverne Le fit regorger sur le bord.
Et fit qu'une plante de verne Luy servit d'asyle et de port.
On dit aussi que dessus l'eau L'on vit arriver à Valence Un enfant dedans un berceau.
Sans de mal aucune apparence.
Très gaillard et bien esveillé.
Sans estre tant soit peu mouillé, Que le bon-heur mit en franchisa' Dans le mandement de Soyon, Ainsi comme un second Aloysc Par la fille de Pharaon.
Ayant despecé les radeaux, L'Isère fut tant en colère.
Qu'ayant jà chargé des vaisseaux^ Elle veut charger la gallere, Elle ravage les bas lieux, En chasse les Religieux, Rien n'y peut faire résistance.
Fait fuyr les plus engourdis, Esbranic la tour de Constance, £t fuit puslir les plus hardis.
J'ai veu que vous plaigniés sur toui Lu liqueur qui vient de la souche,
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En quoy vous trouvés si bon g-oust, Quand vous la mettes à la bouche ; Mais si vous aviés veu sur l'eau, Bacchus assis sur un tonneau, Le voyant en cette posture, Vous lui voudriez un si grand mal, Que vous voudriez que sa monture Fust seiche comme mon cheval.
Pour adoucir un peu ces vers Je n'ay pas pris la pierre ponce, Mais voicy de quoy je me sers, C'est de te faire une responce.
Où je t'ay fait des vers si bons, Si grotesques, et si bouffons, Que j'en ris quand je les oy lire, Et tu n'y verras pas un mot, Qu'Adam ' y trouvast à redire, Y fust-il avec son rabot.
Enfin je te donne ces vers,
Mais j'entends que tu les publies.
Et pour en farcir l'univers,
Fais en faire force copies.
Mande à Grenoble tout exprès,
Mande à Romans puisqu'ils sont frais.
Et qu'à Valence tu en parles,
iS'e me les tiens point en secret.
Car de Lyon, jusques en Arles,
Tous les lieux y ont interest.
{Recueil des Œufres poétiques du sfeur Din>id nigaud, 1653.)