‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 103 sur 284 · LANDES. PÉRIGORD, BAZADAIS. ALBUET · texte numérisé non relu

LANDES. PÉRIGORD, BAZADAIS. ALBUET

AGENAIS, QUERGY, ROUERGUE, LABOURD, MARENSIX,

PAYS BASQUE, BASSE-NAYARRE, CIIALOSSE,

MARSAN, LES LANNES, TURSAN, BUSTAN, ARMAGNAC,

FÉZENSAC, GABABDAN, CONDOMOIS,

LOMAGNE, PARDL\C, ASTARAC, NEBOUZAN,

COMMINGES, COUSERANS, LAYEDAN, BIGORRE,

QUATRE-YALLÉES. ETC.

Ces deux provinces, qu'une similitude de mœurs et de langage nous a permis de rapprocher ici. ne forment pas, en réaité, une unité géographique, mais un assemblage de terroirs iistincts. On l'a observé déjà, bien que bornée au nord par la iuyenne, à Touest par l'Océan, à l'est par le Languedoc et au i nidi par les Pyrénées, la Gascogne a été sans cesse confondue ! ivec les pays voisins. Peu aisée à délimiter, en raison de son listoire, cette terre, que les auteurs latins avaient surnommée ^'asconia, est en somme la Novempopulanie des anciens. On , iffirme qu'elle prit son nom de certains peuples d'Espagne \ Jppelés Yascons, lesquels, ayant abandonné la région qu'ils i iiabitaient sur les confins de la Cantabrie où est aujourd'hui j la Biscaye et la Navarre, au pied des Pyrénées, vinrent s'y étal blir dans le vi» siècle '. Ces peuples, par leur barbarie, n'avaient cessé de se rendre redoutables. Pillards et mercenaires, ils se réfugiaient avec leurs butins dans les montagnes. Ils furent longtemps intraitables sous les premiers rois francs, jusqu'au jour où, las de leurs excès, les Aquitains proprement dits firent itUiance avec eux. Ils avaient, à la fin du viii« siècle, un duc surnommé Loup qui se signala par son intrépidité. Lorsque Charlemagne revint d'Espagne, ils attaquèrent son arrière-garde, lui tuèrent un grand nombre do gens et se saisirent de ses bagages. C'est le tragique épisode de Roland à Roncevaux, tant célébré depuis. Par la suite, Louis, le futur Débonnaire, les

1. En 580 exactement, observe J.-F. Bladé dans sa Géographie historique de l'Aquitaine autonome, 18'J3.

soumit et les châtia rudement. La Gascogne eut enfin la mè: destinée que le reste de l'Aquitaine.

Tout autre apparaît la Guyenne, le plus grand gouvememc

de France, a-t-on dit, car il comprenait à la fois le Bordela

le Médoc, l'Entre-deux-Mers, les Landes, le Bazadais, l'Agena

le Quercy, le Périgord et le Rouergue. Le nom de cette provii

est une corruption de celui que portait, aux premiers siècles.

territoire compris entre l'Atlantique et la Narbonnaise. « Qu

que les bornes de ce gouvernement soient fort différentes

celles d'Aquitaine, tant sous Jules César que sous Augus

a écrit l'abbé de Longuerue (Description de la France, I, p. 16

cela n'empùche pas que le nom dont on l'a sans cesse désig

ne tire son origine de celui d'Aquitaine. On ne voit pas que

nom ait été en usage avant le commencemeut du xiv« siée

car, dans ce temps-là, Guillaume de Guyart, qui a compc

vers l'an 1306 une histoire de France intitulée La Branche a

royaux lignages, ne se sert que du mot d'Aquitaine; mais p

après le roi d'Angleterre Edouard, dans ses lettres de 13<

données pour la paix, se sert indifféremment des mots Guyen

et Aquitaine, désignant tout à la fois la France du Sud-Ouest,

Poitou et les pays circouvoisins. » Les Visigoths avaient p

cette terre aux Romains. Clovis s'en empara à son tour.

Guyenne eut des ducs particuliers. Ils descendaient des coml

de Poitou. Très combatifs, ils se croisèrent, puis firent en t

pagne la guerre aux Sarrasins. La Guyenne, retranchée de pi

de moitié au xiii» siècle, fut laissée à Henri III, roi d'Angl

terre, à la condition que lui et ses successeurs seraient va

saux du royaume do France. Par la suite, Edouard, qui ten

prisonnier le roi Jean, le conlraig'uit de lui céder la souven

neté do ce duché, que Louis IX s'était réservée. La (juyen

resta près de trois siècles aux mains do l'étranger. Elle no

revint lorsque l'ennemi héréditaire eut son armée détruite pr

de Castillou, en Périgord, et fut ignominieusement cliassé

notre sol. Louis XI, après la mort de son frère Charles, la ré

uit à la couronne.

Avant de définir les ressources littéraires de ces deux pr vinces, il convient de chercher les rapports qui peuvent ex ter entre la nature du sol, le climat et le génie des races q ont évolué eu Gascogne et en Guyenne, depuis plus de dix si clés. TAcho ingrate, dont l'utilité n'est pas apparente. No avouH évoqué ({uclques-uns des souvenirs historiques du Su' Ouest. Qui peut nous assurer que nous no chercherons point ■ vain ce que rhal)ilaut doit ici au terroir? A proprement parli ' l'éloquence gasconne, malgré de séduisantes qualités, marq une décadence dans l'évolution de l'art méridional. N'antic pons pas. Avant de résumer nos impressions, un court voya; s'impose. Nous ne saurions mieux faire que d'cm])runtcr l'it

aire tracé jadis par Michelet. La vie de province ne s'est pas Qsformée à ce point que les observations de l'historien roiitiqiie aient perdu toute signification. Les contrées les plus ' erses vont défiler sous nos yeux; il ne nous restera qu'à >slituer aux noms de clochers des noms de poètes, pour ;erminer ce que la langue et l'inspiration ont produit de plus r sur cette terre.

: On peut pénétrer par le Rouergue dans la grande vallée du di. Cette contrée en marque le coin d'un accident bien rude. » ost-elle pas elle-même, sous ses sombres châtaigniers, un orme morceau de houille? « Cette terre maltraitée et du froid du chaud, dans la variété de ses expositions et de ses cliits, germée de précipices, tranchée par deux torrents, le un et l'Aveyroa, a peu à envier à l'Apreté des CéAennes. Il ut mieux, ajoute Michelet^, entrer par Cahors, quoiqu'il en ùte à surmonter cette rude échine de la France : Dorsum imane mari suintno. C'est bien, en effet, une mer figée que pré- ;nte le Quercy au midi de la Dordogne. Terre médiocre et îche, des mamelons dépouillés s'abaissant pour se relever et emblotantavec une mollesse que dément singulièrement cette 'idité. La Dordogne, après avoir contourné ces rudes mamems au pied desquels se cachent de petites cultures intellientes, a laissé lestement tout cela, comme un cadet de Gascons laisse la maison paternelle. I) Elle s'en est allée faire fortune Bordeaux, tandis que nous nous attardons dans la région des ausses. Un matin nous tombons à Cahors, vieille petite ville ntre trois montagnes. « Le Lot coule au pied. Là, tout se revêt ie vignes. Les mûriers commencent à Montauban, mais l'oliier n'apparaît pas encore, ni même à Toulouse ; il demande me température plus méridionale. En revanche, la belle, la rrande, la riche plaine est couverte d'une culture infiniment ariée. On ne voit nulle part ailleurs un si étonnant mélange de )roductions, blé, vignes, maïs, chanvrières, pâturages, arbres ruitiers chargés à rompre le long des routes. Et cette richesse « lu sol reproduite à l'infini; un paysage de trente ou quarante ieues s'ouvre devant vous, vaste océan d'agriculture, masse mimée, confuse, qui se perd au loin dans l'obscur; mais parlessus s'élève la forme fantastique des Pyrénées aux tètes d'argent. Le bœuf attelé par les cornes laboure la fertile valée, la vigne puissante monte à l'orme. Généralement les figures, ici, sont fortes, surtout celles des filles du peuple. C'est

1. Notre France. Los paragraphes qui suivent, placés entre guil- 'emets, ne sont qu'un résumé ou plutôt wne paraphrase du texte de •et éminent écrivain. Après Michelet, il nous a paru qu'il n'y avait ilus rien à écrire sur la géographie pittoresque de la France du Sud- )uest.

sans doute la race primitive, Galls, Tectosages. Cette popi ■■ tion, placée dans une position unique, a dû donner de gra ■ avantages à ce pays. On sent partout l'aisance. Montaubai découvre en un bel amphithéâtre. Bien assis sur son plat bien défendu, en bas, par ses fossés profonds, il arrêta ce Louis XIII, lorsqu'il vint s'y heurter étourdiment, en essa le siège... »

Ne descendons pas plus bas; au contraire, éloignons-nous voisinage de Toulouse, point central du bassin méridio frontière naturelle séparant la Guyenne et le Languedoc. « deux contrées si différentes sous la môme latitude ». Ni sommes en Périgord. Terre pauvre où le fer affleure sous bruyères et les châtaigniers. Horizons restreints, mais p; assez pittoresque. Sur la route, Brantôme, l'abbaye du sire Bourdeilles. « cloître sombre, chargé d'élégantesîvégétation puis Périgucux, curieuse ville. « Déjà le pays s'est boisé légè ment; de petites vignes, non soutenues, descendent vers petites prairies. C'est encore la pauvreté, mais non pas tris plutôt souriante.

« Nous avoQS vu la Dordogne, partie des monts, tourner rudes mamelons du Quercy pour descendre au midi à la re contre de la Garonne. Ici nous suivons le cours de l'Isle, jo rivière qui vient du Limousin. De grosses fermes commenci à paraître, la route peu à peu se peuple de gens de campag i figures fines et maigres, le teint bilieux. Le mouchoir griseï \ des Bordelaises remplace le respectable bonnet de nos aïeul» i Vous le rencontrez dès Mareuil. Entre Montpont et Liboun ! d'où l'on découvre, à droite, la plaine de Coutras, commence = richesse du pays, les vastes champs, les vignes fortes festo: nées d'abord en arcades. Elles montent sur les petites collin qui séparent le bassin de la Dordogne du bassin do la Garonn A mesure qu'on avance, tout prend un air de richissse anglai ou coloniale. Enfin l'immense fleuve et la ville, sous la forn d'un croissant. Bordeaux peu à peu se découvre. Bordeau longtemps capitale de la France anglaise, plus longtemps ai glaise de cœur, est tournée par l'intérêt de son commorco vei l'Océan, vers l'-Ainériquo. La Garonne, disons maintenant Gironde, y est deux fois plus large que la Tamiso à Londrc Lorsqu'elle passe entre les vignobles du Médoc et les moissoi de Saintongo, dans une largeur de trois lieues, ce n'est pli un fleuve, c'est une aimable souveraine qui vient s'oflrir à se gigantesque époux, lo vieil Oci-nn... Los Anglais, en perdant Guyenne, perdirent leur paradis de France, toutes les bénédi» lions du Midi, l'olivier, lo vin, le soleil.

« La légèreté spirituelle de la Guyenne n'a pas été assez dif tinguée du fort et dur génie du Languedoc. II y a pourtant enti ces deux pays la même difrércnce qu'entre les Montagnards <

17i LES POÈTES DU TEKROIR

les Girondins, entre Fabre et Barnave, entre le vin fumeux de Lunel et le vin de Bordeaux. La conviction est forte, intolérante en Languedoc, souvent atroce, et l'incrédulité aussi. La Guyenne, au contraire, a de bonne heure affecté l'indirtérence religieuse... Le pays de Montaigne et de Montesquieu est celui des croyances flottantes; Fénelon, l'homme le plus religieux qu'ils aient eu, est presque un hérétique. C'est bien pis en avançant vers la Gascogne, pays de pauvres diables, très nobles et très gueux, de drôles de corps qui auraient tous dit, comme leur Henri IV : Paris vaut bien une messe...

« Quelque belle et riche que soit cette vallée de la Garonne, on ne peut s'y arrêter; les lointains sommets des Pyrénées ont un trop puissant attrait. Mais le chemin est sérieux. Soit que vous preniez par Nérac, triste seigneurie des Albret où Marguerite de Navarre et son pelit-fils Henri IV, roi sans royaume, tinrent souvent leur cour, soit que vous cheminiez le long de la côte, vous ne voyez qu'un océan de landes; tout au plus des arbres à liège, de vastes pinadas, route sombre et solitaire sans autre compagnie que les troupeaux de moutons noirs qui suivent leur éternel voyage des Pyrénées aux Landes et vont des montagnes à la plaine chercher la chaleur au nord, sous la conduite du pasteur landais. Naguère — car le caractère des Landes s'est modifié depuis peu — le voyageur qui avait traîné, ou plutôt navigué péniblement, tristement, sur la mer grist des sables mouvants, s'étonnait, au matin, de trouver, au bout du désert morne, une grande ville riche et vivante, toute moderne, Mont-de-Marsan, u

Cette cité n'est point digne de nous arrêter. Fondée pai Charlemagne, détruite plus tard par les Normands, voilà tout son passé. L'intérêt est plus bas, au fond du golfe de Gascogne, entre Cordouan et Biarritz, au lieu môme où le flot, s'échappant d'un gigantesque entonnoir, dans une pression épouvantable, remonte à une hauteur dont nos mers ne donnent aucun autre exemple. L'Océan et la montagne ont ici lotrt.cs leurs illusions.

« Rien de plus imaginatifque les hommes de ce rivage, amants de l'impossible, cherclicurs acharnés du péril aux al)imes, aux sombres mers des pôles. » Ce sont les Basques, types immuables des races d'Occident, dont les origines ne se comptent plus. Serrés longtemps dans leurs roches, ces géants descendirent peu à peu parmi les Béarnais et. suivant le cliemiu des Laudes, réclamèrent à leur tour leur part des belles provinces sur tant d'usurpateurs qui s'étaient succédé. Au vu» siècle, dans la dissolution de l'empire neu8trien,ils tentèrent de renouvclor l'Aquitaine, et un moment la possédèrent. »

Sur la droite nous aurons soudain l'éblouissante vision des Pyrénées. Nousconnaissons déjà le Béarn ; nous n'aurions rionà en dire, si le caractère du Gascon-Béarnais ne venait solliciter

notre altention. Ea fait, ces « petits hommes noirs et brûlés. ;i méchante mine », pleins de feu, d'esprit et do courage, synthétisent ce qu'il y a peut-être de meilleur, de plus personnel au fond des populations du Sud-Ouest. « Il fallut qu'ils fussent gens de ressources, ayant à courir le monde. Le droit d'ainosse régnait en Gascogne. L'ainé restait fièrement au castel, sur sa roche, sans vassal que lui-même et se servant par sin»i)licité. Los cadets s'en allaient gaiement devant eux, tant que la terre

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