‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 129 sur 284 · ESTIENNE DE LA BOETIE · texte numérisé non relu

ESTIENNE DE LA BOETIE

Le célèbre auteur de La Servitude volontaire ou le Contr'nn naquit à Sarlat, dans le Périgord, le l""" novembre 1530, soit deux années avant son ami Montaigne. Nommé conseiller au Parlement de Bordeaux, le 13 octobre 1553, et admis dans sa charge le 17 mai 1554, il épousa peu de temps après Marguerite de Carie, sœur du poète Lancelot de Carie, évoque de Riez, et veuve de Jean d'Arsac. Estienne de La Boétie vécut en parfaite communion d'esprit et de sentiment avec cette dernière et mourut le mercredi 18 août 1563. Il laissait avec le fameux ouvrage cité plus haut — objet de polémiques récentes — quelques traductions de Plutarqueet deXénophonet diverses poésies latines et françaises qui furcmt données au public en 1571, en 1572 et eu lôHO. Voyez : Vers français de feu Estienne de la Boétie, conseiller du Roy en sa cour de Parlement de Bordeaux, Paris, Frédéric Morel, 1571, in-12; La Mesiiagerie de Xcnophon, Les lùg-lcs de Mariage de Plutarque, etc., Ensemble quelques vers latins et français de son invention, Paris, F. Morel, 1572, in-8"; Vingt-neuf Sonnets d' Estienne de La Boétie, etc., publiés dans les Essais de Michel, seigneur de Montaigne... AHourdeaus, par S. Millanges, 1580, 2 vol. pet. in-S». Ces poésies, do mémo que La Servitude volontaire, ont été maintes fois réimprimées. Ou les trouve dans l'édition des Œuvres complètes publiée récemment avec une notice biographique, des variantes, des notes et un index par M. Paul IJonnefon (Hordeaux, Gounouilliou, et Paris, Houam, 1892, in-'i"). Montaigne allectionnait particulièrement les vers d'Eslienne de La Hoétie. Ses sonnets, et en particulier ceux qu'il a consacrés à son pays, ont de la chaleur. du la furcu et un tour original.

HiBMOonAi'iiiR. — Paul Bonnefon, E. de La Boétie, sa vie, s,^ ouvrages et ses relations avec Montaigne, Bordeaux, 1888, iu-M . — Fr. Habasciue, L'n Magistrat au seizième siècle, Ageu, impr. Noubel, 1876, in-S», — F. Combes, Les Idées politiques de La Boétie et de Montaigne, Bordeaux, 1882, in-80. — A. Armaingautl, La Boétie, Montaigne et te Contr'nn, Paris, extrait do la Revue

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politique et parlementaire, 1906, in-S". — A. de la Valetto- Monbrun, Autour de Montaigne et de La Doctic, Paris, Picard, 1908, in-8«. — Voyez en outre les travaux de R. Dezeimeris et L. Feugère.

SONXETS

C'estoit alors, quand, les chaleurs passées,

Le sale automne aux cuves va foulant

Le raisin gras dessoubs le pied coulant.

Que mes douleurs furent encommencées.

Le paysan bat ses gerbes amassées,

Et aux caveaux ses bouillants muis roulant.

Et des fruitiers son automne croulant.

Se vange lors des peines advancées.

Seroit ce point un présage donné

Que mon espoir est dosjà moissonné?

]Son, certes, non. Mais pour certain je pense,

J'auroy, si bien à deviner j'entends,

Si l'on peult rien prognostiquer du temps,

Quelque grand fruict de ma longue espérance.

Je veois bien, ma Dourdouigne, encor humble tu vas; De te monstrer Gasconne en Franco, tu as honte. Si du ruisseau de Sorgue on fait ores grand conte, Si a[-t-]il bien esté quelquefois aussi bas. Veoy tu le petit Loir comme il haste le pas ? Comme desjà parmy les plus grands il se conte? Comme il marche haultain d'une course plus prompte, Tout à costé du Mince, et il ne s'en plainct pas ? Un seul olivier d'Arne, enté au bord de Loire, Le faict courir plus brave et lui donne sa gloire. Laisse, laisse moy faire, et un jour, ma Dourdouigne, Si je devine bien, on te cognoistra mieulx; Et Garonne, et le Rhône, et ces aultres grands dieux En auront quelque envie, et possible vergoigne.

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