‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 130 sur 284 · DU BARTAS · texte numérisé non relu

DU BARTAS

Guillaume de Saluste — seigneur du Bartas — naquit à Montfort, en 1544. Son père, François Saluste. était recereur des dîmes du diocèse de Lombez ; il mourut après avoir fait l'acquisition du domaine du Bartas, dont son fils prit le nom. Le château du Bartas, qui existe encore de nos jours, dépend de la commune de Saint-Georges, dans le Fézansaguet; il est situé sur les bords d'un ruisseau, le Sarrampion, entre Mauvezin et Cologne.

Du Bartas, élevé avec le goût des exercices militaires, se distingua tout à la fois comme négociateur, comme capitaine et comme poète. A ses débuts, il fut gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de Navarre, depuis Henri IV. Par la suite, il prit le parti des armes. Sa poésie, il faut le dire, se ressentit de ses multiples occupations, à tel point qu'il ne parvint jamais, quoi qu'il fit, à être un écrivain correct et élégant. C'était — sa rudesse et son imperfection en témoignent — une sorte de génie vulgaire et fort confus. Du Bartas servit dans la cavalerie et commanda une compagnie sous le maréchal de Matignon, gouverneur de sa province. Le Béarnais l'employa pour ses alfaires près de Jacques VI, et il faillit demeurer en Ecosse, où ce prince tenta de se l'attacher. Il mourut dos suites do ses blessures, en 1590, suivant les uns, en l'»91, selon les autres. Ses deux ouvrages, La Semaine ou Création du monde, et la Seconde Semaine, publiés l'un en 1579 et l'autre en 1584, lui ont valu une réputation universelle. Ce n'est pourtant pas sur ces livres que nous le jugerons ici.

On l'a observé déjà, quoiqu'il ait écrit le plus souvent on français, Saluste du Bartas se laissa gagner à rimer en gascon, sa langue maternelle. II écrivit dans ce dialecte un sonnet qui nous a été conservé par son ami Pierre de Brach. dans son Voyage en Cascogne, et il composa, lorsque Marguerite do Valois lit son entrée à Nérac, en l.")79, un poème demeuré fameux. C'est une sorte de dialogue où trois Nymphes, représentées par du jeunes et belles tilles (les nymphes latine, française et gas» conne), se disputent l'honneur do souhaiter la bienvenue de la reine *. « Ce jour-là, écrit le docteur Noulet, rien que ce jour-là

i. Ce poème a 616 réédité en 1!>02, parM.M.H. (iuy et A.Jcanroy.

du Bartas se trouva naïvement, c'est-à-dire simplement poète. Ce fut comme une voix humaine qui lui parla au cœur, et l'austère calviniste laissa tomber la Bible et sa cithare d'or pour écouter cette enchanteresse et redire ses accents... »

La mise en scène et le dialogue font de ce poème un petit chefd'œuvre; la manière surtout en est remarquable : c'est une simplicité relevée qui tranche du tout au tout avec le style ampoulé de ses autres ouvrages. Le dialogue des trois Nj-mphes se trouve généralement inséré à la suite de la Semaine et des productions diverses de du Bartas. Il a fait ainsi l'objet de nombreuses réimpressions. Ce n'est point trop dire qu'avec une série de sonnets intitulés les Neuf Muses pyrénéennes, il tient uue large place dans le bagage de cet auteur et, depuis plus de trois siècles, s'impose à l'admiration de ses compatriotes.

Nous ne donnerons pas ici une bibliographie de l'œuvre de Saluste du Bartas : on la trouvera dans le Manuel du Libraire de J.-C. Brunet plus complète que nous ne saurions la faire. Rappelons néanmoins qu'on a fait paraître assez récemment une petite édition destinée a populariser quelques-unes des meil- Itiures pages du poète gascon : Choix de poésies françaises et gasconnes avec une notice biographique et des notes littéraires par Olivier de Gourcuff et Paul Bénètrix (Auch. impr. J. Capin, 1890, in-18).

Bibliographie. — Abbé Goujet, Bibliothèque françoise, XIII, p. 304. — J.-B. Noulet, Essai sur l'histoire littéraire des patois du Midi de la France, Paris, Techener. 1859, in-S». — G. Pellissier, La Vie et les Œuvres de D. B., 1882. — J. Micholet, Poètes gascons du Gers, Auch, imprim. Th. Bouquet, 1904, in-8». — H. Guy, La Science et la Morale de du Bartas d'après la première Semaine, Toulouse, Privât, 1902, in-8<>.

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