PAR GUILLAUME DE SALUSTE. SIEUR DU BARTAS, AU ROY DE NAVARRE
Mon prince, approclie-toy, viens, ô la fleur dos Rois. Bacchus sur nos costaux, Pluton dans nos entrailles, Gerès par nos vallons, Theniis dans nos murailles, Les Muses dans nos eaux, Pan habite en nos bois.
Ne mesprise ces Rocs, ces Rocs ont autrefois Nourri ces grands Héros qu'à vaincre tu travailles, Héros qui par duels, par sièges, par batailles, Ont poussé jusqu'au seuil l'honneur du sang- de Foix.
Hercule ayant vaincu le triple honneur d'Espagne, Se fit père du Roy de ce coin de Montagne, Qui des lils de ses fils a tousjours pris la loy.
Henry, l'unique effroy de la terre Hesperide,
Tu ne pourrois avoir plus grand ayeul qu'Alcide,
11 ne pourroit avoir plus grand neveu que toy.
Coupeaux tousjours chenus, miracles qui touchez Les astres de vos fronts, l'enfer de vos racines, Espouventaux du ciel. Rochers, qui dans vos mines Les forcenez désirs de l'avare cachez.
Tressaillez de plaisirs, vos pointes clochez ', Faites jaillir partout des sources argentines.
Mans ton treit. ton tiinnon. ton cep, et ta cadone, Aniou, me plazea laa que jou né paus ni pax, Si toustem jou nou biui en ue ta douce pêne.
Pour ébranlez.
Ouvrez vos flancs pierreux, descouvrez vos poitriiie- A vos plus chers métaux le li'iste frein laschez.
Invincible rempart de l'Espagne et des Gaules, Ainsi que vous voyez blancliir sur vos épaules Les montagnes qui font plus hautain l'univers,
O sommets escarpez, ainsi ce Roy qui monte Sur vos dos et de neige et de sapins couvers, Par ses belles vertus tout autre Roy surmonte.
Fleuve d'or et de flot, et de nom et de sable, Riche en grains, en pastel ', en fruicts, en vins, on bois Auriege au viste cours, clair ornement de Foix. Qui rends par ton tribut Garone navigable,
Fille de si grand Mont, qui cache, espouvantablo, Son front dedans le ciel, qui chenu tous les mois. Depuis le bord de Su jusqu'au bord Escossois, Ne void autre plus grand à sa valeur semblable.
Clair flot, je te feroy, par un discours facond. Plus riche que Pactol, plus que le Nil fécond. Plus loin que l'Océan on orroit tes eaux bruire.
Fier, ont t'esgalleroit aux fleuves les plus grands, On te verroit au ciel comme le Po reluire, Si je voyois tes bords repurgez de brigands.
Ce roc cambré par art, par nature, ou i)ar laage, Ce roc de ïaracon hébergea quelquefois Les Géants qui rouloient les montagnes de Foix, Dont tant d'os excessifs rendent seur témoignage.
Saturne, mange-enfans, Temps constamment vola^M Serrurier fauche-tout, change-mœurs, ciiange-loix. Non sans cause à deux fronts on t'a peint autrefois ; Car tout change sous toi chaque heure de visage.
Jadis les fiers brigands, du pays plat bannis,
1. Nom (le la pui'dc «laiis 1p ini*li Hc I;i IVanrc ^i! .l 'f.-l'l. haiim Iclcr et Thonia!», t. Il, p. 10'.* t.)
GASCOGNt: ET CUVENNE 231
Des bourgades chassez, dans les villes punis, Avoient tant seulement des grottes pour aziles.
Ores les innocents, paoureux, se vont cacher,
Ou dans un bois espais, ou sous un creux rocher,
Et le s plus grands voleurs commandent dans les villes.