LA NYMPHE GASCONNE
Baïse, enfle ton cours, prépare-toi à surpasser — Le Rhin, le Pô, l'Ebre, le Tanaïs; —
LA GASGOUNE
Baïse, enfle toun cous : coummence t'hé mes grane Que lou Rhin, que lou Po, que l'Ebre, que la Tane :
Glorieuse, fais retentir ta joie dans toute la région, — Baïse, enfle ton cours, prépare-toi à te rendre plus grande,
— Puisque jamais le Rhin, le Pô, l'Ebre, le Tanaïs — Ne virent sur leur gravier beauté telle que sur le tien.
Grandis, ô petit Nérac ! Nérac, développe tes clôtures,
— Lève tes tours jusqu'au ciel; ceins de tes murailles — Tout ce que le monde n'a jamais entouré de plus beau.
— Claire aube du jour, va te cacher, de grâce, — Fuis loin d'ici, fuis, va montrer sur l'autre monde ta face : — Ici brille une étoile plus éclatante que la tienne.
O merle! ô rossignol! ô mésange! ô linotte! — Chantres du beau jardin que la Baïse engraisse, — Saluez d'un doux chant la plus belle du monde — 0 Parc, charge de fruits tes arbres les plus sauvages! — Pour accueillir ta Dame rassemble tes ramages! — Parc, on ne vit jamais pareil honneur au tien.
Toi, sois la bienvenue, Etoile qui gouvernes — Notre bonheur menacé d'orages et de tempêtes, — Et d'un regard bienveillant affranchis le monde de nuages. — Esprit angélique, la plus belle d'entre les belles, —
Gloiiiiousc, lu; hruuiiy loua j;ay pur tout loti inotiu. Haïse, enfle toun cous ; comence t'hé mes n;rane Piich que jamés loii Rhin, loii Pc. l'Ebre. la Tanc Nou biii sur lou graué tau beutat que lou toun. Creich, ô petit Nerac! Nerac, crcich tas barralhcs, Leiie tas tous au cèu : cinto de tas iiiuralhcs Tout so que de phis bot cintec iamés lou nioun. Claio halbe deu jour, but cscoune de grassie. Huch hu. huch, b<i mucha sur ïnuUi inoiin ta fassie : Assiu raye un lugrau plus luseu que lou toun. O nKîile! à roussicnol! ô meillcngue! o leunoiche! Coures dou b<t casau que la Haïse cngreichc. Saludals d'un dous cant la plus bore dcu moiin, O parc, carguo do fruts tous arbres plus saubatjcs! Por arcouillii ta dauue acato tous ramatjres : Parc, nou se bic ianiés tant d'auuou que lou toun. Tu siés la ben benjrudo, Kstelc qui goubernes Nostre niacau batut dauratK<' <' de subcrnos, Et d'un espia courtes dcscncrumcs lou moun. Esperit angclic, la bèrc de las bùres,
Que mon cou vieux de cent hivers et de cent printemps Ne puisse être pelé que par Ion seul joug"!
Vois comme ta naissance, honneur évident de notre âge, — A ta venue a fait plus beau son visage. — Il me semble, en t'accueillant, ([ue je conquiers l'univers. — Vois comme cette cour nage toute dans la joie. — Vois comme tout le monde sourit à ton entrée, — Comme le peuple marie sa gaieté avec la tienne.
Surtout, vois ton mari dont la face rayonnante, — La douceur, le grand cœur, la renommée, la grâce, — A cent fois mérité la couronne du monde. — Vois, vois comme son cœur bat de bonheur; — Vois comme, pour satisfaire son amoureuse envie, — Il a toujours son œil iixé sur le tien.
Que Dieu soit lou garde du corps; que Dieu de son doigt trace — Sa loi sur ton corps comme sur du papier indestructible! — Qu'il puisse faire luire ta vertu aux yeux de tout le monde! -r- Que le fléau du grand Dieu s'éloigne de ta tète! — Qu'un fils jaillisse de tes entrailles au bout de neuf mois, — Qui ressemble au père parle cœur et à loi par le visage.
Moiin cet de cent hiuors. é de cent primniicres,
Nou pousquo este pelât d'aute jua que deu touii.
Goué couine ta cuahnade, aiinou cla de noste atge,
A ta bengude a lieit plus bèt souu but bisatge.
Eu semble, en t'aquista, conquista tout lou moun!
Goué coume aqueste court ea aise toute iiade,
Goué coum' tout sa guens arrits à toun entrade, •
Coinn lou pople soun gay niaride daa lou touu.
Sus tout, goué toun marit, de qui l'uberte fassie
La doussou, lou p;ran co, la meniorie, la grassie,
A cent cops méritât la couroue deu mouu;
Gou. gouè, counio de ^ay lou co IL pataqueje !
Goué coum, par sadoura soun aniourouse euibcje,
Et a toustem hicat soun ouil dessus lou toun !
Diu sie tonn gouarde cos : Diu de soun dit escriue
En pape de touu cos sa lei, qui, toustem bine,
Pousque hè tas bortuts lusi per ton lou moun!
Lou lagét deu grand Diu de la teste s'absente.
Saille an cap do nau mes un goujoun de toun bente,
Qui semble au pay deu co, de la care sie toun!
Que Dieu protège ton mari à l'ombre de ses ailes, — Que Dieu n'expose jamais ton mari à des malheurs! — Qu'il le fasse le plus grand Roi du monde! — Et puisque votre paix est celle de la France, — Que Dieu vous tienne longtemps en amitié intime, — Que tu sois à Henri et qu'il soit à toi pendant cent ans!
SONNET
Ah! petit dieu malin, ah! traître porteur d'arc, — Pourquoi m'accables-tu si souvent de tes coups — Qui font dans mon cœur brèche sur brèche, — Sans jamais s'égarer?
L'autre jour, ton lacet j'ôtai d'autour de mon cou;
— J'enlevai les fers qui retenaient mes pieds, j'apaisai ta colère; — J'émoussai la pointe de ta flèche meurtrière
— Et je mis (me semble-t-il) en cent morceaux ton arc
Hélas! pour une chaîne maintenant j'ai cent chaînes.
— Pour une entrave cent entraves, — Et mon sein, nu lieu d'un trait, est traversé de cent.
Diu tenguc toun marit abricat de sas aies.
Diu nou bâte jamès toun marit a-de-males!
Diu liasse toun marit lo mes grand rei deu moua!
E puch que boste pats es la pals de la France,
Diu vous tengue loimgtems en pareille amistance :
Cent ans sies-tu d'Honric : cent ans Hcnric sic toun
SONNET
Ha! chaton maulia/.éc. ha! traidou balcstë,
Perqiié débarres-tu ta sn-n ta pataqucre,
Per hé di'gucns mon co brequere sur brequcre,
Et ses he pauc ni prou, bac, ni haut, ni cousté?
L'autre jour ton cordet d'autour deu kot jousté;
Jou desherrié mous j)es, jou' scanli ta coulere,
La punte. jousmouché, de ta bire murtrdrc.
Et ton arc en cent tros (samsemble) jou bouté.
Hélas! per uc cadeno are joué cent cadenes;
Per un cep joué cent ceps, per ne peuo cent pencs:
Et au scDg per un trcit, jou o cent cap-hers hikats.
Mais tes coups, tes tourments, tes entraves et tes chailes, — Amour, me plaisent tant que je n'ai ni repos ni trêve — Si toujours je ne vis en si douce peine.