‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 135 sur 284 · LE CHATEAU DE BARTAS · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE BARTAS

Le Soleil cependant vers l'Occident décline, Plongeant son chef flambant au sein do la marine. Et nos chevaux suants, du travail harassés, En allongeant le col inarchoient à pas forcés; Tellement que l'obscur de la nuit retournée. Au chasteau du Bartas borna nostre journée, Bartas où la nature et l'art industrieux Semblent pour l'embellir avoir mis tout leur mieux.

Car de haute fustaie un bois icy s'osleve, Dont l'ombre s'allongeant dans les doves s'abrevc', Où mille rossignols, branchés en mille lieux, Degoisent à l'envi leur chant mélodieux. Deçà, le grand vivier, ainsi qu'une rivière, Lèche le pied des murs de son eau poissonnière, Où le brochet, la carpe et mille autres poissons Se pendent quand on veut aux croches hamessnns.

Laissant là le vivier, un chemin vous amené Soiibs l'ombrage feuillu d'une oposse gai'one, Où les clapiers voûtés cachent dedans leurs creux, Serpentes en canaux, mille connins pourouxS. Là le clos du jardin est joint avec la vigne, La vigne aux ceps pampres, ([ui, plantés à la ligne Estendent çà et là, l'un sur l'autre, les bras, Que la grappe déjà fait recourber en bas;

). S'alir(>iivc. 1. l'i'iiroiix.

Et vigne que l'on tient, au goust du bon yvrongne.

Porter le meilleur vin de toute la Gascongne.

Mais que j'ay tort d'avoir, d'un vers mal ordonné,

Parlé premièrement de l'enfant cuisse-né

Que de leau qui, sortant d'une claire fontaine.

Embrasse en gargouillant le giron de la plaine;

Car d'elle je devois parler premièrement,

Pouree que je ne bois ([ue de son élément.

Pour vous donques, fontaine, en m'excusant, je prie

Que jamais en esté vostre eau ne soit tarie;

Que jamais le pasteur n'ameine son troupeau

Pour l'abrever chés vous, souillant vostre belle eau;

Que des arbres voisins la feuille ne se sèche,

Ains * qu'à jamais vostre eau par leur ombre soit freche.

Que le bord qui vous ceint se maintienne couvert,

Soit riiyver, soit l'esté, d'un tapis toujours vert;

Que Salluste-, approchant de vostre bord humide,

Esprouve en vous l'effet de l'onde Aganippide !...

SONNET

Ny voir à mon retour mes parens contentés,

Ny voir de mes amis une troupe chérie ;

Ny voir les champs fertils de ma chère patrie,

D'où je m.'estoy bani déjà par trois estes!

Ny voir en nostre port mille nouvelletés,

Qu'apporte lOcean alors qu'il se marie

A nos fleuves gascons, desquels le cours varie

Par le regorgement de ses flots irrités; '

Ny me voir contenté d'une large abondance.

Me voyant estre exempt de l'estroite indigence

Que le povre escolier a toujours près de soi :

Je n'ay de tout cela reçeu tant de liesse

Que du seul souvenir de ma belle maistresse,

Qui peut-estre a perdu le souvenir de moil

[Œuvres de P. de Brach, édit. de 1862, t. H.)

l.Rlais.

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