‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 136 sur 284 · BERTRAND DE LARADE · texte numérisé non relu

BERTRAND DE LARADE

Nous savons peu de chose sur ce poète. Il naquit en 1581 i Montréjeau et mourut dans la première moitié du xvii« siècle Uniquement voué à la poésie vulgaire et se déclarant inapte ; tout autre genre littéraire, quoiqu'il obtînt un prix aux jeu> Floraux en 1610, Larade chercha ses Mécènes à Toulouse, y con tracta d'honorables amitiés et mérita que fioudouli écrivît à s; louange une odelette en patois toulousain et un quatrain en mauvais français. Il se plaint, en quelque endroit de ses œuvres, d( lâcheuses affaires que lui suscitèrent ses compatriotes de Mont réjeau, mais il paraît s'en consoler par la bonne opinion qu'i avait de sa propre valeur. On lui doit plusieurs recueils, aujour d'hui à peu près introuvables, et qui n'ont pas, que nous sachions, été réimprimés : La Margalide gasconne de Bertran d< Larade de Mourejau d'Arribere (La Marguerite gasconne), Tolose, Ramon Colomiez, 1604, in-12; La Muse gasconne de Bertran Larade, etc. (La Muse gasconne...), Tolose, Vefvede I. Colomiez et Raymond Colomiez, 1607, in-12; La Muse pirancse d< Bertran Larade, etc. (La Muse pyrénéenne), Tolose, Colomiez. 1609, in-12.

Bien que, selon l'expression de J.-B. Noulet, la poésie dt Larade n'atteste qu'un esprit de culture médiocre et no relève d'aucune qualité d'élite, son triomphe est dans la chanson et le.-pièces de courte haleine. « Les compositions do ce genre qu< nous fournissent ses recueils sont de véritables Pastourelles qui méritent d'être distinguées. Ces petits poèmes, d'une invention peu varice et roulant tous sur les peines de l'amour, ne manquent pas d'un certain charme, qu'ils empruntent surtout à la grafcieuse naïveté des tableaux et du langage. Sous ce rapport. Larade est le précurseur en ligne directe do cette pléiade de charmants poètes du Réarn groupés autour do Despourrins. »

BiBLioaRAPiiiE. -- J.-B. Noulet, Essai sur l'histoire littéraire des patois du Midi de la France, xvi» et xviP siècle, Paris, Tochcner, 1859, in-8°.

CHANSON

Adieu, adieu cent mille fois, — Bois, puits, coteaux et petites montagnes, — Puisque je perds aux meilleurs iésirs [ou besoins] — Les pas, le temps, les chansonlettes, — Adieu, adieu, petits monticules fourchus, — Bois, sapins, chênes branchus.

Adieu, canaux de moulin, adieu, rivières, — Adieu, joyeuses saulaies, — Où les demi-morts redevenaient vivants, — Dans les saisons presque plus froides; — Adieu, gais pastoureaux, — Rois de vous autres quand vous le voulez.

Adieu, moutons, brebis, agneaux, — Chèvres, chevreaux, veaux et petites vaches, — Joncs qu'en de si jolis anneaux'^ — Je faisais (tressais) pour de petites bergères, — Quand quelquefois sur la verdeur — Je livrais la trancliise de ma candeur.

CANSOU

Adieu, adieu, cent mille cepts, Bosques, topes et mountaigaetes, Puch que jeu perdy aux meillous opts Lous pas, lous tems, les cansounetes, Adiou, adiou, tepes hourquts, Bosques, avetz, quasses bronquts.

Adiou, esgoiians, adiou, arious, Adiou, gaujouses aubaredes.

Ou lous mey morts teurnauen bious, En las sasous presque mes bredes ; Adiou, gais pastourelets, Reis de beusautis quan boulets.

Adiou, moutous, oeiles, aignets.

Crabes, crabots, braus et brauetes, Juncts que t'a poulidets anets Jeu hasey per las bergeretes, Quan quauque cep sur la berdou Dauy les franc de ma condou.

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