‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 147 sur 284 · DE SA BERGÈRE JACQUETTE · texte numérisé non relu

DE SA BERGÈRE JACQUETTE

Doux air de mon Gers, et toi, douce rivièro, — Où mes yeux ont versé un ruisseau de pleurs, — Et vous autres, petits arbres qui connaissez ma belle, — Contez-lui mes douleurs.

DORIMOUN QUE SE PLAING DE SA PASTOURE JAQUETE

Dous aire deu men Gers, é tu, douce ribcrc, A un mous ouèils an jetât uè ribére de ploas. E bous avts, arborcts, qui councguèts ma bére, Coundats-lou mas doulous.

gascogm; et guyenne 273

Petits anges des bois qui sur une branchetle, — Pour me donner le bonjour, entonnez une chanson, — Si vous voyez par ici ma bergère Jacquette, — Faites-lui la leçon.

Bergers des environs, qui venez sous l'ombrage — Raconter vos amours aux accords de la flûte. — Tandis que l'Espagnol se brûle le béret — Au feu du pistolet;

Et toi, troupeau d'agneaux, qui à travers cette prairie — Reposes agréablement sur l'herbe elles fleurs, — Pendant que Lidor, Tkirsis et Filorade — Vont chercher des grillons ;

Secrétaire d'amour, qui connais ma tristesse — Et qui, pour m'écouter, chemines lentement, — Ruisseau. vigne, verger, quand vous verrez ma maîtresse, — Diteslui mon tourment.

Mon mal, depuis le jour où sa beauté perfide — Mit. avec mon repos, ma liberté au crochet, — Trouve moins de pitié auprès de ma bergère — Que près de ce rocher.

Mais pourquoi se plaindre de mille coups de poignards

Petits aajous de bosc, qui. dessus uè braaquetc, Perme da lou boun jour entouaats uè causouu, Si bezéts per aci ma pastoure Jaqucte,

Hazéts-lou la lessoua.

Pastourets d'alentour, qui benguéts à l'oumbrete Couada bostes amous au soun deu flajoulet, Mentre que VEspaignol se crame la berrele

Au houèc deu pistoulet:

E tu, troupét d'aignéts qui per acere prade Repauzes à plaze dessus lérb' é las flous, Entretant que Lidor, Thirsis é Filorade

Ban amassa grillous; Secretari d'amou, qui sabes ma tristesse, E qui per mescouta camines lentement.

Arriu, bigne, berge, quan bejats ma mastresse,

Digats-lou moun turment.

Moun mau, despush lou jour que sa faciè traidoure Boutét dab moun repaus ma libertat au croc, Trobe mens de piàtat auprès de ma pastoure

Qu'auprès d'aquet arroc.

Mes perque se fâcha de mile cops de dagues

— Que ses yeux courroucés lancent à tout moment, — Puisque celui qui se plaît à rechercher ses blessures — Les endure justement?

La peine qui est avec moi meurt et ressuscite, — Fait voir que mes maux sont à tort reprochés ; — Puisque je veux mourir pour qui fuit ma vie, — Je mérite la mort.

Mais si je ne puis m'entretenir avec ma bergère, — Maintenant qvic son indifférence m'interdit la guérison,

— Je laisse quatre vers pour graver sur cette pierre — Avant que de mourir...

Adieu, Jacquette, adieu; le ciel, le temps, ma douleur,

— Feront peut-être qu'un jour tu changeras d'humeur,

— Quand tu verras Darimont renaître de ses cendres, — Comme un phénix d'amour '.

[Le Parterre qascor), etc.)

Que sous ouùLls courroussats th-en à tout moument, Push que lou qui se plats à recorca las plagues

Endure justement.

La pêne qui dab jou mouris 6 ressuscite Hé beze que mous maus soua reprouchats à tort, Push que jou boi mouri per qui hugis ma bite,

Jou merili la mort.

E si nou podi pas parla dab ma bergéire, Are que sa rigou me deilen de gouàri, Jou léschi quouâte bérs dessus aqucsle péire,

Prume que de mouri...

Adiu! Jaquet', adiu ! Lou céu, lou tems, ma pêne, Haran deiéu qu'un jour tu cambiaras d'uniou, Quan beges Dorimoun renésche de sa cène

Coum' un phœuix damou.

(Lou Parterre gascotin, clc.) 1. Traduction de ]yi.J. Micheicl.

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